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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 23:40

               

 

                  Il y a quelques jours, nous publiions la vidéo d’une conférence d’Etienne Chouard, prônant le remplacement de l’élection des représentants du peuple par le tirage au sort. Dans la construction initiale de la conférence, celle-ci a le mérite : 1) de rappeler que l’élection est bien une délégation de souveraineté du citoyen, non pas seulement vers la personne élue, mais vers ceux qui peuvent faire élire (les partis, les lobbys, les puissances d’argent). Et que les gouvernants ne devraient jamais écrire eux-mêmes la constitution. Choses que seuls les plus jeunes et/ou naïfs ignoreront, et 2) de nous rappeler les principes de la démocratie athénienne, qui, avec toutes les limites que l’on pouvait imputer à son temps, n’en gardait pas moins des avantages sur lesquels elle aurait rendu des points à nos régimes actuels.

 

Pour un système sans déformation de la volonté populaire

 

                Le système que décrit Chouard ferait que, dans le pouvoir législatif (assemblée-s) et exécutif (pouvoir régalien), les désignés le soient par un tirage au sort sur une liste de citoyens s’étant portés volontaires. Les mandats sont courts (Chouard va jusqu’à prendre pour exemple les mandats d’un jour à Athènes, pour désigner ceux qui assistent l’assemblée), non renouvelables (de toute façon, par simple calcul des probabilités, on peut difficilement être désigné deux fois de suite). Et une série d’institutions servent au contrôle des tirés au sort, avant la désignation (comme l’ostracisme), ou après celle-ci (comme l’examen du lauréat, la docimasie), ou après le mandat (par la restitution de comptes). Ces trois formes de contrôles pourraient tout aussi bien s’appliquer aux élus, mais Chouard ne le remarque pas.

 

                On notera cependant un certain flou quant au pouvoir réel des tirés au sort. A plusieurs reprises, Chouard dit que les désignés n’auront pas vraiment le pouvoir, que ce ne seront que des assistants. Mais assistants de qui ? Des assemblées du peuple ? Le pouvoir législatif serait donc entre les mains de perpétuelles assemblées populaires (impossibles à réunir régulièrement sur un pays de plusieurs dizaines de millions d’habitants) ? Ou alors y aurait-il une assemblée durable, avec quelques centaines de membres désignés par tirage au sort pour un mandat de plusieurs mois au moins ? Dans ce cas, si l’assemblée nationale devait être tirée au sort, alors ses membres auront donc bien un pouvoir (législatif), peu importe que ce soit une seule assemblée qui décide sur tous les sujets sur lesquels la Constitution l’autorise à légiférer, ou que des commissions spécialisées sur chaque sujet soient créées (pour reprendre l’exemple des maliens traitant des OGM repris par Chouard).

 

                Le but de la conférence est d’expliquer que le tirage au sort serait une « bombe contre l’oligarchie », contre « le système ». Parce qu’on ne pourrait plus choisir les désignés par l’argent (qui est si déterminant dans les médias et dans les campagnes électorales, dans les réseaux d’influence qui avantagent tel ou tel candidat). Parce que la politique ne serait plus professionnalisée. Mais aussi parce que, statistiquement – en fait l’argument n’est pas clairement utilisé par Chouard, mais il pourrait le reprendre -, en appliquant le tirage au sort sur un grand nombre de personnes, on retrouverait un panel d’opinion réellement représentatif des principales opinions publiques, là où les élections permettent aux partis de déformer cette représentation, en pré-selectionnant les candidats à l’intérieur des partis, par exemple.

 

Quelques erreurs sans gravité

 

                On peut trouver un certain crédit à ces raisons, et s’accorder avec le conférencier sur le fait que certaines critiques sont absurdes (comme lorsque la comparaison avec l’Athènes classique entraîne l’amalgame avec l’esclavagisme). Certains arguments de Chouard sont en revanche plus faibles. Par exemple lorsqu’il dit que l’élection suppose que les citoyens connaitraient les candidats, et que cela serait peu réaliste à grande taille. Or c’est le contraire qui est vrai : la plupart des français connaissent sans doute mieux Nicolas Sarkozy que le maire de leur commune. Pas personnellement, bien sûr. Mais le fait de vivre dans un pays relativement grand fait que le présidentiable puis président a été beaucoup plus scruté, analysé, commenté, qu’un maire de petite ville. On pouvait, en 2007, trouver partout le programme du candidat de l’UMP, lire nombre de biographies et d’articles sur sa personne. Il suffisait de le vouloir pour cerner le personnage mieux que la plupart de nos voisins de paliers. Donc Chouard se trompe lorsqu’il dit que la connaissance des élus – ou candidats – par les électeurs serait un mythe qui condamnerait l’élection sur un pays à grande échelle.

 

                Il emploie également des raccourcis impressionnants dans ses exemples : quand il parle des essais nucléaires enregistrés dans le monde depuis 1944, comme preuve de l’incompétence des élus, d’une part il simplifie énormément la question de la sécurité nucléaire (la bombe atomique ne nous a-t-elle pas évité une troisième guerre mondiale, une vraie ?), et surtout il cite des pays (l’URSS, la Chine…) dont les dirigeants ne sont ou n’étaient pas vraiment des «élus ». Ou encore, l’exemple qu’il prend sur la commission citoyenne malienne ayant statué sur les OGM, après moultes consultations de diverses parties (anti- ou pro-OGM) prouve certes que des citoyens tirés au sort ne sont pas plus incompétents que les élus (qui font eux aussi des commissions d’enquête), mais ils ne le sont pas moins (car la conclusion du style « non aux OGM car on ne sait pas à quoi ça sert ni si c’est dangereux » relève du même niveau d’inversion de la charge de la preuve qu’opèrent les élus qui, en France, veulent et votent des moratoires sur les OGM).

 

                Malgré ces quelques écarts, on peut s’accorder avec Etienne Chouard sur le fait que les tirés au sort ne seront pas plus « affreux », plus incompétents que les élus, et que le tirage au sort serait au moins aussi facile à mettre en place que l’élection sur un grand pays.

 

Les failles de fond

 

                Les vrais problèmes qui se posent avec la thèse de Chouard ne sont pas là. Pour aller plus vite, nous les résumerons dans les points suivants, dans l’ordre croissant de gravité :

 

                -          Les tirés au sort seront par définition irresponsables. Car leurs mandats seraient non-renouvelables. Quand on sait qu’on ne sera pas ré-embauché de toute façon, aucune raison de se presser à fournir un excellent travail. Alors certes, la menace de ne pas être réélu ne pousse pas non plus les élus à l’excellence, mais au moins ont-ils une réelle pression pour agir (même s’ils y répondent par la démagogie plus souvent que par l’excellence des choix – mais il faut dire que les électeurs sont malheureusement plus réceptifs à la démagogie qu’à l’analyse rigoureuse des bilans des élus). Les tirés au sort, même s’ils passent à la fin de leur mandat devant une commission de contrôle a posteriori, savent qu’il ne leur en coûtera pas grand-chose d’avoir été indolents et inactifs (et qui composerait ces commissions de contrôle ? Des tirés au sort ? Ils seront indolents également…) ;

 

                -          Le tirage au sort interdit au citoyen qui a des idées tout espoir de pouvoir les faire passer en militant. Par exemple, dans la démocratie du tirage au sort, imaginons qu’une personne ait un projet de réforme à faire passer. Il peut créer une association, faire des conférences, des livres, se faire connaître. Mais… il n’ a quasiment aucune chance d’être désigné comme député, pour des raisons arithmétiques. Il se peut, si ce militant a beaucoup de partisans dans le pays, que certains d’entre eux se retrouvent à l’Assemblée. Mais défendront-ils son projet avec la même ardeur que lui ? Et le défendront-ils tout court, en sachant ce que nous avons dit à l’alinéa précédent, qu’en fin de compte, rien n’oblige les tirés au sort à réformer le pays, puisqu’aucune réelection n’est possible ?

 

                Cette faille est très loin d’être anodine. Elle permet de comprendre ce qui étonne Chouard en fin de conférence : que des citoyens lambdas, membres de partis politiques, soient contre le tirage au sort. Le conférencier avoue ne rien y comprendre. Mais c’est parfaitement logique : quand on est militant d’un parti, et qu’on y croit vraiment (à tort ou à raison, ce n'est pas le sujet ici), on raisonne du point de vue de l’intérêt du parti, et des idées qu’il défend. L’intérêt des militants d’un parti (pas forcément des gens qui le dirigent…) est d’avoir des leviers de commande pour faire appliquer leurs idées. Dans le cadre du système électoral, un parti qui a un certain nombre de députés peut leur donner des ordres sur ce qu’ils ont à voter, en les menaçant de ne plus soutenir leur prochaine campagne électorale s’ils s’écartent de la ligne du parti. Dans un système de tirage au sort, les partis, en tant que groupement d’intérêts, en tant « qu’intellectuel collectif » (comme voulait l’être le PCF) n’ont plus ce pouvoir. Les dirigeants des partis auront peut-être les moyens de retrouver du pouvoir (cf. la critique suivante), mais les militants, eux, n’auront plus l’impression de peser sur quoi que ce soit. Ceci dit, ils ne pèsent déjà pas sur grand-chose en tant que simples militants. Mais le système du tirage au sort empêche le militant qui se fait connaître par ses idées d’espérer arriver personnellement aux responsabilités en se faisant élire député. Les députés seront toujours sélectionnés, par le tirage au sort, parmi une masse de gens « volontaires », qui seront tous de faits plus ou moins inactifs, puisque de toute façon ils n’avaient rien à faire pour se faire désigner.

 

                Passons à la critique qui risque de doucher les espoirs de ceux qui voient dans le tirage au sort la « bombe contre l’oligarchie ».

 

                -          Du point de vue de Chouard et de ceux qui le soutiennent, les grands lobbys, les puissances d’argent, les banques, les réseaux occultes, devraient s’horrifier du système du tirage au sort. D’ailleurs, dans une logique assez circulaire, si l’on défend peu le tirage au sort dans la société française, c’est bien parce que cela gène les puissants, non ? En réalité, il n’y a aucune raison de penser que « l’oligarchie » serait mécontente d’un tel système. Imaginons simplement qu’il existe, ce système. Que deviendraient les anciens partis, les fondations qui rédigent des rapports pour eux (comme la fondation Bertelsmann à laquelle Pierre Hillard a consacré un livre) ? Disparaîtraient-ils, rouges de honte ? Non. Au contraire, leur tâche serait grandement facilitée. Car plus d’élections, ça veut dire plus de campagnes électorales à financer et à mener. Plus besoin d’essayer un tant soit peu de communiquer avec ces boulets que sont les militants de base, ces idiots qui croient qu’ils peuvent influencer la politique sans même être millionnaires. Les partis politiques se mueraient directement en associations, se finançant directement auprès des puissances d’argent les plus diverses…Et ils passeraient leur temps à acheter les députés « tirés au sort ». Alors bien sûr, ce ne serait pas possible si les mandats ne duraient qu’un jour. Mais qui pourrait y croire ? Pour traiter sérieusement des sujets, seuls des mandats de plusieurs mois seraient viables. Et dès le début du mandat, le tiré au sort verrait arriver des représentants des ex-partis reconvertis en associations, qui leur promettraient soit directement une enveloppe, soit des conférences et séminaires pour les convaincre qu’il est du plus haut intérêt du pays de faire voter telle ou telle loi. Bien sûr, ce genre de pressions existe déjà sur les élus. Mais là, les anciens partis n’auraient plus que cela à faire. Ce qui leur coûterait nettement moins d’argent que de maintenir un réseau militant. De plus, les députés tirés au sort, sans être plus bêtes ni plus vils que les actuels élus, n’en seraient pas moins des « bleus », au sens où personne ne les aurait préparé à la réalité de la vie de parlementaire. Alors que le militant qui poursuit son ascension dans la politique et se prépare à la députation peut voir venir ces situations de tentation. Et même si un député a l’habitude de se faire « acheter », au fur et à mesure qu’il vieillit, prend de l’expérience, s’enrichit, il devient de plus en plus dur et cher de le faire changer d’avis, de positionnement, de réseau d’appartenance. Alors que les tirés au sort seraient beaucoup plus malléables.

 

                Voilà pourquoi les oligarchies, non seulement n’auraient rien à craindre du système proposé par Chouard, mais au contraire devraient l’acclamer. Alors pourquoi ce système ne se met-il pas en place ? Peut-être parce que la réalité d’un pays comme la France est plus compliquée que celle d’une dictature des puissances d’argent : le pouvoir de celle-ci est fort, mais la grande masse du peuple français est loin d’être innocente et impotente dans la vie politique. Et un grand nombre de citoyens sont attachés à l’idée du militant, du politicien qui a des idées, qu’il aurait inventées seul ou prises au contact du peuple, qui s’en fait le tribun, et parvient jusqu’à la députation après avoir arpenté le pays et labouré l'opinion publique. Le tirage au sort casse cette perspective en donnant le pouvoir (car oui, c’est bien le pouvoir qui est en jeu, non le simple « service des citoyens ») à des gens qui n’auraient rien fait pour l’avoir.

 

                En conclusion, si l’on peut savoir gré à Etienne Chouard de vouloir lutter contre la pesanteur de partis politiques se succédant à eux-mêmes dans la pratique d’un pouvoir irresponsable et peu compétent, on concluera, à Socialisme & Souveraineté, que sa solution est loin d’être idéale. Car elle part du principe – populiste, au mauvais sens du terme – que le peuple est bon, que ce sont les élites qui sont mauvaises, et que toutes les bonnes idées sont déjà répandues au sein du peuple, et que globalement le peuple sait ce qu’il lui faut ou pas. Or les bonnes idées peuvent bien venir d’individus initialement isolés, le peuple peut être aussi avachi et incompétent que les élites, et les débats actuels (entre libéraux et socialistes, protectionnistes et libre-échangistes, pro- et anti-immigrationnistes…) révèlent des clivages si profonds qu’on ne voit pas en quoi des débats entre députés tirés au sort –de surcroît rendus irresponsables par leur mandat non-renouvelable- seraient plus à mêmes de les résoudre que des débats entre élus.

 

     Socialisme & Souveraineté publiera des propositions qui lui sont propres bientôt.

 

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 22:30

     Puisque l'on parlait d'écologie hier, nous ne manquerons pas de féliciter les électeurs de la primaire d'Europe Ecologie - Les Verts, pour avoir fait le choix de la "vraie candidate verte" au premier tour, en donnant l'avantage à la verte (récente, et pas forcément mûre) Eva Joly contre Nicolas Hulot, jugé comme le candidat TF1-Rhône-Poulenc. Et aussi jugé par les français (toutes orientations confondues) interrogés dans les sondages comme le meilleur candidat potentiel de cette alliance hétéroclite.

 

(voir Le Parisien, 20 Minutes, le JDD, Sondages-en-France.fr...)

 

     Alors certes il y aura un second tour, Hulot peut encore passer, et dans le cas contraire Joly peut créer une surprise à la présidentielle. Mais quoi qu'il en soit, le camp verdâtre partira déchiré. Et on ne peut que féliciter des adversaires qui s'affaiblissent eux-mêmes.

 

On peut rejoindre les commentaires d'Eric Zemmour sur RTL ce matin.

 

 

 

     ...à ce point près que, contrairement à Zemmour et nombre de commentateurs des articles relatifs aux Verts sur le Net, on se demande toujours pourquoi revient cette ritournelle des "pastèques"...Vous savez, les écologistes seraient "verts à l'extérieur, rouges à l'intérieur"...

 

     Juste une question: Cohn-Bendit, c'est un communiste, peut-être?

 

     A quel moment les Verts appellent-ils à nationaliser massivement des entreprises?

 

     Quand parlent-ils réellement de renverser le capitalisme?

 

     Défendre les sans-papiers, la légalisation du cannabis et du mariage gay, cela fait-il de vous un communiste? Si c'était le cas, alors Zapatero, régularisateur de clandestins en masse, les Pays-Bas, paradis du chichon, et l'état de New York, qui vient d'autoriser le mariage homosexuel, seraient donc communistes...?


     Et même si les Verts avaient choisi pour représentant le décroissant Cochet, ça ne faisait pas d'eux des communistes (citation de Cochet datant de  2002 : "le problème, c'est pas que les entreprises soient publiques ou privées, c'est qu'on produit trop de bagnoles").

 

     Alors quelqu'un peut-il sérieusement nous expliquer en quoi les Verts seraient des "rouges"?

 

 

 

 

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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 22:23

La polémique Gérin

 

     Ce vote, qui a déjà suscité l'article d'hier, a enclenché une polémique autour des propos d'André Gérin, survenus dans une conférence de presse, où il évoquait l'immigration comme "n'étant pas une chance pour la France", et reprenant la théorie selon laquelle l'immigration fait baisser les salaires. A Socialisme & Souveraineté, nous préférons rester prudents sur cette affirmation : ce n'est pas parce que le patronat espère faire baisser les salaires grâce à l'immigration que ce résultat est atteint pour autant, tant les salaires dépendent d'autres facteurs (disponibilité de la main d'oeuvre selon la filière, salaires offerts par des filières concurrentes, capacité de résistance et de pression des salariés...). De plus, il n'est pas exclu que les immigrés aient un effet positif sur la croissance, et génèrent des surplus de revenus pour le reste de la société. Mais quoi qu'il en soit, André Gérin a parfaitement le droit de considérer que l'immigration n'est pas un bienfait en soi. Car cette idée revient à dire que des pays à faible immigration seraient donc "handicapés" par rapport aux autres, voire moins "riches" puisque l'immigration serait une richesse. Cette idée n'est recevable ni sur les plans économiques, culturels ou humains. L'immigration est ou n'est pas, elle n'a pas à être louée pour elle-même.

 

     Mais surtout, à la fin de sa vidéo, André Gérin prend clairement position contre l'euro. Voilà qui change de Mélenchon ou de Khalfa.

 

 

 

 

Une analyse du résultat du vote du PCF

 

     Au PCF, il faut être à jour de ses cotisations pour pouvoir voter. Chaque vote interne est une occasion de compter ceux qui concrétisent leur engagement par un versement, si minime soit-il (enfin en théorie, le vote censitaire n'existerait pas dans le parti).

Les résultats sont éloquents :

           - en 2006, avant le 33ème congrès, les cotisants étaient 100 000;

           - en 2008, avant le 34ème congrès, ils étaient 78 000;

           - en 2011, ils sont 69 000.

 

     Le parti se dirige vers un rôle de PRG bis, à moins qu'il espère réellement un renouveau militant. D'ailleurs, le nombre de votants (48 000) ne baisse pas (44 000 en 2006, 36 000 en 2008). Il semble plutôt que plusieurs dizaines de milliers de cotisants se lassent, et que le parti se referme sur moins de 50 000 personnes qui suivent encore l'actualité du Front de Gauche, et dont environ 60% ont choisi Méluche (ça lui fait déjà 30 000 voix pour 2012...). Le blogueur Descartes, qui visiblement a eu une expérience concrète du PCF, en donne une analyse plus détaillée.

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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 13:03

 

Suite au vote des militants PCF de Jeudi à Dimanche dernier, Jean-Luc Mélenchon a été intronisé comme candidat du Front aux présidentielles de 2012. Confirmant ainsi la "stratégie" du Front de Gauche (regroupant PCF, PG et Gauche Unitaire, plus d'autres mouvements moins connus). Pendant ce temps, le NPA tente de gérer l'après-Besancenot, désignant pour 2012 le camarade Poutou (Poutou qui, vu les sondages, semble surtout promis à une mandale - bon ok je sors ).

 

Et voilà le tonitruant Mélenchon qui va affronter l'Union Européenne...enfin non: la dérive libérale de l'Union Européenne. Et qui somme (mais qui ça?) de laisser "Place au Peuple" (c'est-à-dire les 7% à 10% de votants qui pourraient, on a bien dit pourraient, le choisir en Avril prochain).

  

Mélenchon, petit pépère du peuple.  

Mais qu'il s'en aille, lui aussi... 

 

Juste quelques rappels sur l’orientation européenne du Front de Gauche :

 

http://www.frontdegauche.eu/index.php?option=com_content&view=article&id=227:politique-budgetaire-les-derives-liberales-de-leurope-vont-loin&catid=100:argumentaires&Itemid=121

 

En clair, le Front de Gauche, dans ce document datant de 2009, appelait, pour sortir de la crise, à creuser massivement les déficits, au nom de la « politique de relance » – plus de dépenses publiques, autant ou moins d’impôts – si chère aux keynésiens (en oubliant que Keynes lui-même demandait aux gouvernements de réaliser des excédents en cas de croissance, volet qu’oublient toujours la gauche qui se réclame de lui).

 

Les quelques paragraphes d’introduction ressassent le schéma théorique : « le relance crée un déficit, mais relance l’activité et permettra des recettes fiscales futures qui combleront les déficits ».

 

En tant que socialistes, nous pensons comme le Front de Gauche qu’il n’y a pas de raison de penser que les dépenses de personnel et de fonctionnement du secteur public soient nécessairement improductives (et elles sont au contraire généralement bénéfiques pour la société, plus que nombre d’activités privées). Mais d’une part, les auteurs de l’argumentaire du Front de Gauche semblent croire que toutes les dépenses publiques passent dans les « services publics » alors qu’elles financent en majorité des prestations sociales (assurance-maladie, retraites, famille, invalidité, chômage).

 

Et surtout, ces keynésiens oublient que, sur le fond, les plans de relance ne font que déplacer du pouvoir d’achat, pas en créer. Pour financer les déficits occasionnés par les plans de relance, il faut soit :

 

-      Créer de la monnaie (et encore, si on avait ce droit…mais le Front de Gauche raisonne probablement au niveau européen, comme nous le reverrons par la suite). Dans ce cas, l’inflation générée par cette création monétaire va réduire une partie des revenus et des patrimoine, tandis que ceux qui bénéficieront des dépenses de l’Etat seraient gagnants. Mais rien ne prouve que la société dans son ensemble y gagnerait. Au contraire, un effet connu est la montée de l’épargne des particuliers, voulant protéger leur patrimoine miné par l’inflation ;

 

-      Soit, et c’est aujourd’hui beaucoup plus courant, financer le déficit par l’emprunt. Si on emprunte auprès des habitants du pays (la France, ou l’Europe selon le niveau où on raisonne), on ne fait en réalité que déplacer du financement du secteur privé (ou du moins non-étatique) vers le secteur étatique (ou du moins de ceux qui reçoivent ses largesses). C’est ce que l’on appelle l’effet d’éviction. Le document du Front de Gauche le mentionne parmi les arguments des libéraux, mais se plante complètement : l’argument de l’effet d’éviction ne revient pas à dire que le secteur public est forcément improductif et que le secteur privé forcément plus efficace, mais que la relance financée par l’emprunt n’aura pas créé de pouvoir d’achat supplémentaire. Et le fameux « coefficient multiplicateur » (on paie plus les fonctionnaires, qui achètent plus aux entreprises, qui paient plus leurs salariés…) aurait pu aussi bien jouer si l’argent était resté dans le secteur non-étatique.

 

-      On peut aussi faire appel à l’emprunt étranger, mais dans ce cas on s’impute une charge de remboursement future, et il n’est absolument pas sûr que le pays se soit enrichi entre temps.

 

Voilà pourquoi, contrairement au Front de Gauche, Socialisme & Souveraineté ne réclame pas des plans de relance. Voyons les faits : les plans de 1975 (Chirac) et 1982 (Mauroy) ont généré de petites sautes de croissance à court terme, puis ont lamentablement échoué. Le déficit massif de 1993 n’est pas responsable de la croissance forte des années 1997-2000, largement soutenue par un contexte international dynamique. Il ne s’agit nullement de cracher sur l’action et l’investissement publics, qui peuvent faciliter l'activité économique par la formation et les infrastructures. Mais cela peut se faire dans le cadre de comptes équilibrés. Les plans de relance, d’une part, ce n’est pas du socialisme (ce n’est le plus souvent que de la redistribution des revenus dans le cadre d’une économie de propriété majoritairement privée), et ça ne marche pas. Et il suffit de voire que depuis 2009, les états européens ont accru leurs déficits et leurs dépenses, sans tirer le continent de la dépression.

 

Notre politique, c'est d'accepter dans un premier temps le redressement de nos comptes publics, et ensuite non pas de "relancer" la machine capitaliste, mais de trouver un autre modèle. 

 

Mais le pire, c’est que ces plans de relance ne peuvent qu’être conçus à l’échelle de l’Union Européenne. A aucun moment, le Front de Gauche ne parle de sortir de l’euro (contrairement au camarade André Gérin), encore moins de l’Union Européenne. On peut lire encore cette défense de l’édifice européiste par Pierre Khalfa, membre d’ATTAC, proche des vues du Front de Gauche : la croyance en « l’autre Europe » suivra certains jusqu’à la tombe. Le FdG parle encore de réorienter la Banque Centrale Européenne, martèle toujours son opposition aux plans d’austérité, considérés fallacieusement comme synonyme de baisse des dépenses (alors que dans tous les plans d’austérité en route en Europe, il y a des hausses d’impôts inclues, et qu'en fait les dépenses publiques ont de toute façon déjà bien progressé).

 

C’est donc vers le grand « plan de relance européen », promis certainement au même insuccès que les politiques de déficits massifs de l’Etat américain depuis 2008, que le Front de Gauche veut nous emmener.

 

En bref, toujours moins de souveraineté, plus de fédéralisme, plus de dettes...

 

Vous vouliez voyager en Grèce, mais vous n'aviez pas l'argent?

Et bien ne vous inquiétez pas, avec Mélenchon, vous n'aurez pas plus d'argent, mais ce sera la Grèce qui viendra à vous. Du moins sa faillite.

 

Amis FrontDeGauchistes (le terme frontiste est déjà pris),

 

 

Bonne lose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 21:40

Tribune libre de Pablito Waal

 

       Cet article peut être extrémement polémique. Le blogueur Laurent Pinsolle a publié le 14 Avril un article dénonçant le mythe selon lequelle la population française "de souche" (blancs, de culture catholique, ou chrétienne en général ou juive, parlant des langues romanes d'oïl ou d'oc, ou d'autres langues régionales autochtones) serait mise en minorité à moyen terme (au cours du XXIème siècle) par l'immigration, notamment africaine.

 

       Laurent Pinsolle a le mérite de prendre de front une des thématiques fondamentale du Front National et des Identitaires. C'est bien plus respectable que de se boucher le nez comme le fait le reste de l'intelligentsia médiatique française. Mais il le fait en cumulant quelques inexactitudes. Son article lui a valu des tombereaux d'injures sur les sites identitaires, notamment Fdesouche, injures complètement imméritées. J'ai préféré corriger en commentaires quelques points de son argumentation. Mon but n'est nullement de servir la soupe au FN, mais de dire que, si Pinsolle a raison de vouloir traiter ce sujet, il faut encore tirer de bonnes conclusions, pour ne pas laisser le monopole de l'action à l'extrême-droite.

 

       Même si mon article n'engage que moi, Socialisme & Souveraineté a inclu, dans le plan de son programme, la lutte pour défaire les ghettos ethniques et pour une régulation plus responsable des flux migratoires, tout en combattant les discriminations ethniques.

 

       L'article de Laurent Pinsolle :

 

Immigration : le grand mythe de la substitution

       C’est une petite musique traditionnellement véhiculée  par le Front National et le MPF de Philippe de Villiers et plus dernièrement par Claude Guéant : l’identité de la France serait menacée par l’immigration musulmane. Un fantasme qui ne résiste pas une seconde à l’analyse.

 

       Le fantasme des identitaires

 

      Certaines personnes pensent sincèrement que notre pays est littéralement envahi par des immigrés qui vont finir par se substituer à la population d’origine. Mais cela vient souvent d’un problème de comptage. Ils raisonnent souvent comme si tous les immigrés étaient d’origine africaine et y ajoutent les personnes naturalisées (déjà comptées). Pire, ils maîtrisent mal l’évaluation des flux, comptant 200 000 immigrés de plus tous les ans alors que le solde net est 2 à 3 fois inférieur.

 

La suite sur son blog. 

 

Mon commentaire :

 

       Bon, allez, je me fais un peu l'avocat du diable...

      Laurent Pinsolle, vous dites que l'immigration nette est 2 à 3 fois inférieure à l'immigration brute, donc de l'ordre de 60 000 personnes. Les chiffres du site de l'Université de Sherbrooke (je n'ai pas de chiffres INSEE ou INED, l'émigration partant de France est fort peu médiatisée) ne vous donnent pas raison...

 


       En divisant par cinq les chiffres quinquennaux des années 2000, on trouve une immigration nette (immigrants - émigrants, intégrant aussi bien les français de souche qui s'expatrient que les immigrés quittant la France) de 140.000 par an.


       Et je me permets de supposer qu'alors que l'immigration est fort peu européenne (20 à 25% de l'immigration brute annuelle), l'émigration doit être plus souvent constituée de français de type européens qui s'expatrient. Donc l'impact sur la composition ethnique de la France est plus important que le chiffre de 140.000 peut le laisser penser. Mais ça reste une supposition personnelle.

      Ensuite, sur la fécondité, 20% des naissances ont au moins un parent étranger. Bien sûr, parmi ces étrangers, il peut y avoir des européens. Mais leur natalité est moins forte que celle des africains, même si, et vous avez tout à fait raison de le souligner, la fécondité du continent noir baisse.


       Mais notons que le chiffre de 20% ne baisse pas depuis 1994 (il est même passé de 19% à 21%). Bien sûr, on pourrait se réjouir que la part des naissances de parents mixtes (1 français-e, 1 étranger-e) progresse, mais derrière ces couples "mixtes" il y a nombre de couples où le parent français est immigré naturalisé ou enfant d'immigrés.


       Rassurez-vous, loin de moi l'idée que les immigrés naturalisés et leurs enfants ne seraient pas des français. Ils le sont en droit et de façon irrévocable (sauf s'ils choisissent de ne plus être français). Mais je distingue cette réalité légale d'une réalité ethnique (qu'on veut absolument camoufler en France, qui serait le seul pays au monde où les ethnies n'existent pas), qui elle est modifiée par cette répartition ethnique. Pour moi, le terme "français de souche" n'est pas une abomination. Et même pour les naissances de couples culturellement mixtes (français de souche + personne dont les origines sont principalement étrangères), il se peut que l'enfant ne se sente pas culturellement français, et se rattache à la culture de ses ascendants étrangers. Ensuite, parmi les 80% de naissances franco-françaises, il y en a qui sont culturellement mixtes, d'autres où les deux parents sont culturellement non-français de souche...

       Troisième point: la composition de l'immigration d'origine africaine. Oui, la fécondité des maghrébins baisse, et "s'européanise" (la Tunisie et l'Algérie imitant les contre-performances de certains pays européens). Alors qu'en Afrique noire, la fécondité, bien qu'à la baisse, est toujours haute. Mais je pense que l'immigration africaine, qui est tendanciellement croissante, va devenir de plus en plus "noire". Ce ne sont pas que des suppositions: cf. cette page, et plus particulièrement le fichier csv proposé en dessous du tableau. Les raisons en sont: les pays d'Afrique connaissent, bon an mal an, un réel décollage économique pour la plupart d'entre eux. Leurs habitants restent très pauvres par rapport aux européens, continueront pour longtemps de vouloir émigrer, mais auront un peu plus de moyens pour le faire. Donc nous aurons une immigration africaine plus forte (34 000 en 1994, 90 000 en 2008, avec un pic à 100 000 en 2003), et les maghrébins de moins en moins féconds seront remplacés par des subsahariens dont la transition démographique prendra plus de temps.

       Donc, pour finir: je pense que vous sous-estimez l'immigration nette, en plus de la différence de composition ethnique entre émigrants et immigrants. Ensuite, que vous sous-estimez la part des immigrés non-européens et de leurs descendants nés en France mais qui restent ethniquement non-européens dans la natalité. En plus de cela, si comme vous je pense que les immigrés africains et leurs enfants n'expliquent pas à eux seuls la natalité relativement haute (par rapport à l'Europe) en France, en revanche, sans ces immigrés, la fécondité des français de souche est inférieure à 2 enfants par femme en âge de procréer, donc nous allons vers une diminution de cette population.

        Mais je dis ça en n'étant nullement convaincu que les non-européens deviendront majoritaires en France. La baisse de la fécondité se fera, et, après avoir connue son apogée, l'immigration africaine baissera lentement. La question est quand. Et je ne crois pas à votre chiffre de 6 à 7 millions de personnes d'origine africaine sur 80 millions d'habitants en 2060. Je pense que l'ensemble de la population d'origine africaine et nord-africaine atteindra probablement un 15-20% de la population totale au cours du siècle (ne serait-ce qu'en se basant sur les nationalités des parents des nouveaux-nés). Le vrai problème, comme l'ont soulevé plusieurs commentaires, c'est leur concentration locale et leur adhésion à la nation française. Après, je ne vais pas faire de comparaison avec des situations yougoslaves, car cela me rapprocherait trop des discours identitaires...mais c'est arithmétiquement envisageable.

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 23:35

    Plutôt que de faire une déclaration redondante, Socialisme & Souveraineté vous invite à consulter la réaction de l'association Voltaire République aux résultats des cantonales :

 

   Soyons immodestes pour une fois même si cela n'est pas dans un jour de gloire. Voltaire République a eu raison sur toute la ligne depuis ses dernières publications sur le soit-disant front républicain, sur l'étiage des voix du FN.

   Non! Décidément l'électeur du FN n'est pas un gros con, comme le clame la germanopratine de service de France Inter. C'est simplement un citoyen comme vous et nous, que nous croisons dans la rue, côtoyons voire invitons à notre table. Partant de ce constat, il est urgent de dire que c'est aussi un citoyen de qui nous pouvons exiger de prendre ses responsabilités et d'entériner par son vote l'acceptation d'une politique économique et sociale qui irait à son encontre, si par effet électoral, le parti pour lequel il vote arrivait au pouvoir.

 

La suite sur :

 

http://voltaire.republique.over-blog.com/article-premier-parti-de-france-confirme-l-abstention-70390540.html

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 13:56

Retrouvez-nous sur le site de l'ARSIN : http://www.arsin.fr

 

                Suite et fin de cette critique du dernier livre d'Alain Soral. A ceux qui se demanderont "Mais pourquoi cet acharnement [très relatif au demeurant] contre Soral?", nous répondrons que notre divergence avec cet auteur et son association Egalité & Réconciliation est une divergence profonde et fondamentale. L'idée d'une "droite des valeurs" et d'une "gauche du travail" qui auraient vocation à s'allier est attaquée dans ce dernier volet de la série sur "Comprendre l'Empire". Nos lecteurs sauront pourquoi nous n'avons pas de liens ni même de sympathie à avoir pour E&R, bien qu'étant nous-mêmes des patriotes de gauche.

 

 

Le peuple, la gauche, la droite

  

                Une fois déblayées ces confusions et aberrations soraliennes, finissons avec le fond du discours. Soral, dans son délire quasiment christique dans ses vidéos ou sur le plateau de Taddei, se réclame comme issu ou même représentant du peuple. Ce peuple, c’est quoi ?

  

                 « Un peuple constitué de la petite-bourgeoisie et du prolétariat qui se côtoient d’ailleurs dans la vie réelle, comme le patron de bistrot, propriétaire de son moyen de production, et son client, l’ouvrier salarié.

                De groupes sociaux mitoyens et mêlés que le socialisme scientifique, au nom d’abstractions intellectuelles démenties par la réalité – à commencer par la réalité sociale et urbaine du quartier et du bistro – s’est toujours évertué à séparer et à opposer. » (page 124)

 

  

                Les différences entre l’ouvrier et le taulier existent, et on ne peut les imputer toutes au « socialisme scientifique » : les tendances du vote entre ouvriers et commerçants / artisans sont forts différentes, et leurs intérêts ne sont pas nécessairement les mêmes. Après tout, rappelons que l’intérêt de l’ouvrier peut être qu’une grande surface ouvre et offre des prix moins élevés, quitte à ce que le petit commerce voisin ferme (peut-être pas le bistrot, offrant une convivialité qu’on ne trouve pas en supermarché). Si on précise que l’ouvrier salarié est un ouvrier de la fonction publique, le commerçant peut souhaiter, pour qu’on lui baisse ses impôts, qu’on supprime quelques postes dans les effectifs de l’Etat, quitte à perdre un ou quelques clients fonctionnaires. Le petit commerçant et l’ouvrier salarié peuvent avoir des intérêts communs (moins d’impôts pour tous, des salaires plus élevés générant plus de dépenses dans le commerce), mais ça n’a rien d’automatique ni de permanent.

  

                « Mensonge et culture imposés d’une société classe contre classe : prolétariat / bourgeoisie qui, malgré la défaite théorique de l’adversaire populiste – définitivement diabolisé en « fasciste » après 1945 – deviendra une fiction intenable à partir des années 1960.

 

Sociologiquement intenable à cause de l’extension, à l’intérieur du salariat, d’un secteur tertiaire de cols blancs issus des métiers de service, supplantant bientôt les cols bleus.

                Nouvelle caste des employés de bureau, devenant majoritaire à partir des années 1960, et dont la mentalité et la culture, toujours puisées à la praxis, inclinent beaucoup plus vers la société de consommation et de compromis que vers le combat de classe… » (page 136)

 

  

                Déjà, on aimerait que le « sociologue » nous prouve que les « employés de bureau » sont devenus majoritaires depuis les années 1960 : il n’existe en France aucune catégorie professionnelle qui soit majoritaire. L’INSEE classe un quart des actifs français comme « ouvriers » et 30% comme « employés ». Cette dernière catégorie étant un fourre-tout parmi lesquels on trouve des salariés faisant un travail directement productif, souvent physique, comme le font les salariés de la restauration, qui peuvent très bien être considérés comme des ouvriers d’un autre type. Les « cadres » et « professions intellectuelles » parmi lesquelles on range enseignants, faux cadres de l’administration et du privé qui n’ont de cadres que l’absence d’horaires fixes, représentent moins d’un cinquième des actifs.

 

  

                Mais surtout, Soral prouve une fois de plus qu’il n’a rien compris à la dénonciation marxiste de la plus-value : un employé de bureau, si son travail permet à l’employeur de récupérer une marge, est l’objet de l’extorsion de plus-value, donc de l’exploitation capitaliste. Qu’il ait plus ou moins de conscience de classe, c’est une possibilité que Marx avait déjà entrevue et qui ne change rien aux constats sur leurs intérêts de classe.

 

  

                Le moment de vérité approche : Soral nous donne sa préférence économique :

 

  

                « un régime d’économie mixte, libéral et social, résultant du programme du Conseil national de la Résistance où patriotes gaullistes et communistes, prolongeant la fraternité des combats, s’efforcèrent aussi de ne pas reproduire les déséquilibres des années 1930 qui avaient conduit à la guerre. » (page 176)

  

                On zappe au passage les affrontements entre communistes, gaullistes et autres droitiers pendant l’Epuration, l’exclusion des communistes du gouvernement en 1947, le désarmement des partisans opéré sous la contrainte (alliée et soviétique) en 1945…

  

                Pensons plutôt à l’avenir. Cher Alain, comment revenir à cette économie mixte, équilibrée, et sortir du règne de La Banque ? Quelle doit être notre force de Résistance ? La réponse à cette question, il nous l’a donné dès 2007, en fondant Egalité & Réconciliation, association de « la Gauche du Travail et de la Droite des Valeurs ». La fin du livre n’en est qu’un pieux rabâchage, basé sur ces définitions :

 

  

                « Il y a d’abord, historiquement, la définition de droite qui nous vient de l’Ancien Régime.

 

Définition qui voit dans la droite les valeurs positives d’honneur, de morale, de respect des anciens et de la hiérarchie. La gauche étant alors la destruction de ses valeurs par le libéralisme montant qui débouchera sur la Révolution Française ». (page 221)

                « Il y a ensuite la définition de gauche qui nous vient du marxisme et de la Révolution d’Octobre, pour qui ce qui définit la gauche et la droite est le rapport Capital/Travail.

 

Est de gauche ce qui favorise le Travail. Est de droite ce qui favorise le Capital. » (page 222)

                « De cette première clarification des gauches et des droits, on peut déjà conclure qu’un mouvement populaire qui défend à la fois les valeurs morales et le monde du travail est de droite, selon la première définition, et de gauche selon la seconde.

                Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe plus ni gauche ni droite et encore moins que tout se vaut, mais qu’il existe une droite morale qui est, si on y réfléchit bien, l’alliée de la gauche économique et sociale. Et, à l’inverse, une gauche amorale qui s’est révélée être la condition idéologique de la droite économique dans sa version la plus récente et la plus brutale. »  (page 222)

 

  

                La vision soralienne est donc une histoire de trahisons : à l’échelle française, c’est la droite financière, à la solde des USA, qui a supplanté le général de Gaulle avec Pompidou puis Giscard. La gauche « du Travail », communiste ou socialiste, a été trahie par le mitterrandisme dans les années 1980.

 

  

                Pour la droite, qu’il y ait eu changement dans les années 70, c’est une chose, mais le retournement est moins évident et brutal qu’il n’apparait. Le refus de financer les déficits publics par les avances de la Banque de France ne date pas de la "loi de 1973", le général de Gaulle recourut plusieurs fois à l’emprunt direct auprès des particuliers (emprunts Pinay). La "loi de 73" et ses effets supposés sur la dette ne sont en fin de compte que la continuation du refus des « déficits sans pleurs »…même si les déficits reprirent de plus belle après cette loi – mais surtout en raison d’une crise que ladite droite était loin d’avoir programmée, crise qui a ralenti les recettes (mais certainement pas les dépenses sociales, contrairement à ce que croit Soral) et inspiré des plans de relance foireux (dont celui de Chirac en 1975).

 

 

                Quant à la « droite de valeurs », on est tenu par l’envie de demander à Soral de quelle droite il parle : de celle de l’Algérie Française ? La colonialiste ? Celle qui s’opposait au droit au divorce par consentement mutuel, au droit à l’avortement, au travail féminin sans autorisation de l’époux ? Que Soral le veuille ou pas, il n’y a pas de raisons évidentes de considérer que la société française du temps de son enfance (il est né en 1958) était plus morale que l’actuelle : la société des ratonnades, de la femme éternelle mineure, de l’homosexualité classée comme maladie…

 

 

                Pour la gauche, le constat est plus complexe que ne veut le croire l’auteur. Pourquoi la rigueur et le retournement mitterandien de 1983 ? Peut-être tout simplement à cause de l’échec du plan de relance de Mauroy, de l’impasse budgétaire dans laquelle il a conduit, empêchant de continuer les nationalisations? Et que faire d’autre, dans un pays où les investissements des entreprises étaient tombés très bas, en raison de la hausse des prélèvements sociaux sous Giscard principalement ? La seule autre solution aurait été de changer de système économique. Et pas pour revenir au modèle « d’économie mixte libéral et social » de l’immédiat après-guerre (où l’état social était nettement moins développé, les retraités plus pauvres et l’assurance-maladie moins généreuse). Hors, quel autre modèle ? Le soviétique, qui connaissait déjà en 1980-1981 une crise foudroyante, en Pologne surtout ? Un autre modèle reste toujours à inventer, et nombre d’autres propositions sont faites aujourd’hui (sociétalisme, distributisme…). Mais le PS de 1983 n’avait pas de plan B dans ses bagages. Pas plus que le PCF.

 

 

                Voilà le déclin de la « gauche du travail » : l’absence de nouveau modèle pour la gauche socialiste (pas encore passée sociale-libérale), l’attachement à un modèle soviétique en voie de naufrage pour le PCF, qui perd déjà ses électeurs en 1981, se disperse en 1988, continue à tomber en 1993… Au fond de nous, doit-on en vouloir à ceux qui, à la droite du PS, ont pris Tony Blair en exemple ? A défaut de succès en France, ils ont le plus souvent regardé les courbes de croissance du PIB et la baisse du chômage outre-Manche. Et ils en déduisent pragmatiquement que c’est un moins mauvais modèle que le nôtre. Est-ce une trahison du peuple ? Non. Plutôt un manque d’esprit critique sur la pertinence du PIB en tant qu’indicateur de réussite, sur la pertinence des emplois générés par cette économie sociale-libérale (quand le dixième des emplois britanniques sert la finance, ne faut-il pas chercher un autre modèle économique qui donnerait une occupation plus socialement utile à ces travailleurs ?).

 

 

                Point de « trahison » ici : le mal est en nous, en chacun de nous, dès lors que nous ne savons pas quelle société nous voulons, comment y parvenir. Les cercles d’élite pèsent très peu de choses, quand une fraction conséquente d’un peuple prend conscience d’au moins un intérêt immédiat (ne serait-ce que sortir le régime en place). Les peuples tunisien, égyptien et actuellement libyen nous en donnent l’exemple.

 

 

Conclusion

 

                L’œuvre de Soral illustre parfaitement la vacuité du conspirationnisme : outre qu’il ne précise et n’étaie rien des ignominies reprochées à une nébuleuse floue de cercles ou réseaux dirigeants, il n’amène à aucun début de solution, même pour un seul pays, même pour des problèmes immédiats. Faut-il s’étonner de ce que la seule portée pratique du soralisme, c’est la haine, des élites, réelles ou supposées, du Banquier, de la franc-maçonnerie, des j… ?

 

 

 

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 13:17

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Après celle sur La Banque, cette séquence sera sans doute la plus polémique de toutes, vu que l'on va sans doute nous ressortir le "chantage à l'antisémitisme", ou les "citations hors-contexte". Pourtant, les citations douteuses, le plus souvent sans intérêt dans les thèses du livre et au détour des phrases, concernant une certaine minorité religieuse, pullulent dans le dernier opus de Soral, et le contexte n'y change rien. Florilège.

  

 

 Juifs et francs-maçons

 

                Les hasards, en effets, Soral n’en voit pas beaucoup. A propos des francs-maçons, réputés refuser la transparence et l’égalité :

 

                « Et ce n’est peut-être pas un hasard si le symbole de ces farouches bâtisseurs de démocratie laïque et républicaine n’est pas, comme on serait en droit de s’y attendre, le panthéon des Grecs, mais plus étrangement, le temple de Salomon… » (page 34)

 

                Francs-maçons censés avoir régné sur la démocratie française…

 

                « Et c’est sans doute parce que, désormais, les décisions qui concernent notre Nation se décident au niveau mondial dans ces nouvelles maçonneries pour l’hyperclasse que sont les think tanks  style Bilderberg, CFR et Trilatérale, que la plupart de nos grands médias responsables – et plus seulement le Crapouillot – sortent de plus en plus souvent des dossiers sur le scandale que constitue effectivement le pouvoir occulte de la franc-maçonnerie régnant en douce sur la démocratie française. 

 

Courageux médias osant enfin s’attaquer au pouvoir maintenant qu’il est ailleurs.» (page 35)

 

                Mais, au milieu du livre, Soral ne se rappelle plus qu’il a parlé du pouvoir de la franc-maçonnerie  française comme dépassé, et nous la représente comme le pouvoir réel au présent :

 

« Qu’on parle du Grand Orient (50000 frères environ), omniprésent dans la politique, ou de la GLNF (43000 frères annoncés) omniprésente dans les affaires – soit la réalité du partage du pouvoir gauche/droite : la gestion du social pour les uns, celle du capital pour les autres – ou qu’on parle du moderne « Le Siècle » qui, avec 630 membres dont 150 invités, a la haute main sur la marche du pays, tous ces réseaux incarnent le mensonge démocratique par excellence. » (page 107)

               

               Donc il faudrait savoir : le pouvoir franc-maçon en France est-il obsolète ou pas ? Bon, on n’est plus à une incohérence près, d’autant que les frères ne sont qu’un amuse-gueule. Comme en témoigne le Temple de Salomon, la vraie cible est plus polémique. Ils sont partout. Soral les voit à la tête de La Banque. Cette Banque, parfois protestante (parfois catholique, notamment pour les banquiers médiévaux d’Italie ou des Flandres, mais détail que tout cela), mais surtout israélite, et de cela découlerait sa violence sociale :

 

« Une violence assumée et encore accrue par l’idéologie de ses dirigeants et cadres, majoritairement formés à l’inégalitarisme méprisant de l’Ancien Testament… » (page 48)

 

               Ah, si seulement l’Amérique était seulement celle des cow-boys, braves pionniers et petits propriétaires chrétiens plutôt que cette Amérique des élites, dont les références seraient différentes :

 

« Soit l’Amérique du messianisme conquérant anglo-saxon puritain, appuyé cette fois sur le message sanguinaire et méprisant de l’Ancien Testament et du Deutéronome, afin d’étendre cette domination à la totalité du monde par la puissance de la Banque et l’idéologie du libre-échange. » (page 62)

 

               Heureusement, de bons chrétiens ont résisté.

 

 « Une lutte pour la domination capitaliste qui atteindra son apogée au lendemain de la Première Guerre mondiale opposant, selon Henry Ford, le plus grand entrepreneur industriel américain de l’époque, l’éthique protestante du capitalisme d’entreprise anglo-saxon, décrit par max Weber, au capitalisme de pure spéculation, abstrait et cosmopolite, décrit par Karl Marx.

Ce combat frontal, typique du climat de l’Entre-Deux-Guerres, s’exprimera notamment à travers la publication d’un livre constitué d’articles parus entre 1920 et 1922 dans le journal d’Henry Ford, The Dearborn Independent, au titre évocateur : Le Juif international. »

 

             Ah Ford, le vrai capitaliste industriel, créateur de richesse, luttant contre le capitalisme financier apatride spéculateur… On est à mille lieues du marxisme ici, marxisme pour qui toute opération capitaliste est spéculative. Nonobstant des débordements antisémites reprochés ci et là à Marx et à Proudhon, ni l’anarchisme ni le marxisme ne se focalisent sur des questions ethniques. Il n’y a pas pour Marx de « bon capitaliste » qu’il soit dans l’industrie ou ailleurs. L’opposition entre un capitaliste industriel et national et une finance apatride est nettement plus proche du « socialisme » d’un …Hitler.

 

            Mais comme les gens de l’ethnie visée sont vraiment partout (et même dans la Collaboration !), on les retrouve dans l’entreprise communiste. Communisme qui au passage, aurait pu marcher avec le christianisme (puisque selon Soral le christianisme était devenu, après 1789, une idéologie d’opposition…).

 

« Une parenté évidente du communisme et du message du Christ – souvent mal identifiée par les spiritualistes à cause de leur mauvaise compréhension de ce que Marx entendait par matérialisme et qui n’a rien à voir avec le matérialisme bourgeois – qui est l’explication majeure de la grande séduction qu’opéra le communisme sur les peuples d’Europe, y compris le peuple russe orthodoxe, notamment Tolstoï. » (page 68)

 

             Magnifique séduction, qu’on aurait aimé voire à l’œuvre pour que les européens embrassent spontanément un véritable communisme, démocratique. Mais le « communisme » réel fut adopté davantage avec les bottes de l’Armée Rouge…Armée Rouge dont la brutalité n’est là encore pas étrangère à l’Ancien Testament, selon Soral :

 

« Un. Le financement assez peu chrétien de la révolution bolchevique russe, moteur de tout le processus du socialisme réel, par les banquiers new-yorkais souvent issus de la communauté ashkénaze émigrée d’Europe de l’Est. 

Deux. L’encadrement, à travers l’appareil des partis de toutes les révolutions communistes en action dans l’Europe chrétienne, d’élites juives pour leur très grande majorité, et souvent animées d’un messianisme vengeur – parfaitement exprimé par Léon Trotski dans Leur morale et la nôtre _ typique des valeurs de la Thora et du Talmud, mais aux antipodes des valeurs chrétiennes… » (page 69)

 

               Soral oublie de préciser que dans ce texte de Trotski, écrit en 1938, Bronstein justifie certes les prises d’otages de la guerre civile russe qu’il a lui-même supervisées, mais dénonce également le stalinisme ; et notre penseur omet également que les actes de barbarie « contraires aux valeurs chrétiennes » ont souvent été commis par des chrétiens, baptisés et élevés comme tels, qu’ils soient russes, allemands, ou de toute autre nationalité.

 

                Et puisque les membres de la communauté visée sont vraiment partout, après avoir construit le « communisme », on retrouvera des juifs à la base du ralliement des gauchistes, tels Cohn-Bendit ou Attali, au capitalisme libéral :

 

« Ralliement effectué sous la férule des trotskistes, en Europe sous le nom de « libéralisme libertaire » et aux Etats-Unis sous l’appellation « néo-conservateurs ».

Une flopée de sociaux-traîtres dont énumérer les noms évoquerait immédiatement la liste de Schindler… »  (page 134)

 

                 Pour ceux qui n’auraient pas saisi : sur la liste de Schindler, on trouvait plus de Levy ou de Dupont ? Ceux qui nous reprocheront un « chantage à l’antisémitisme » pourront voir qu’avec ces citations, on n’est même plus dans la critique de l’idéologie du judaïsme : ce sont bien les personnes qui sont stigmatisées en fonction de leur nom. Et même s’il est vrai que nombre de dirigeants et théoriciens communistes ont été d’ascendance juive, ils n’en ont pas moins été une minorité des effectifs militants et agissants du communisme au XXème siècle, et on ne voit pas quel intérêt Soral a de les citer en priorité, sans que cela amène aucune conclusion (hormis de dénoncer les juifs comme étant à la base de tout mal, bien sûr).

 

                 Quoi qu’il en soit, en France, c’est cette communauté qui « dicterait ses ordres ». Sur le site d’Egalite & Réconciliation, on peut lire plusieurs fois que seul un juif sur cinq ou six serait membre d’associations intégrant le « lobby ». Mais dans le livre, c’est bien la communauté qui est désignée :

 

« Le CRIF, où le gouvernement français tout entier, président de la République en tête, va prendre ses ordres, lors d’un dîner annuel, auprès d’une communauté représentant moins de 1% de la population française et défendant ouvertement, qui plus est, les intérêts d’un Etat étranger contrevenant à tous les droits de l’homme. » (page102)

 

                Au final, on ne saurait toujours pas si c’est le budget de l’Etat, notre participation à l’euro, le vote de nos ministres au Conseil européen, la participation à la guerre d’Afghanistan ou autre chose qui nous sont commandés par le CRIF. Ladite communauté n’est pas seulement assimilée au CRIF, elle est également rendue responsable de la « persécution » d’une autre minorité, musulmane celle-ci (persécution qui ne l’empêche pas de croître en nombre, à défaut d’avoir – pour l’instant - du pouvoir) :

 

« Une situation admise, paradoxalement, suite à la mise en scène médiatique, et à la mise sur la sellette politique, du « communautarisme arabo-musulman ». La Oumma, sans clergé et tiraillée entre mille influences étatiques, étant pourtant, parmi les communautés effectivement agissantes, la plus dénuée en France de pouvoir politique. Raison pour laquelle, à l’évidence, elle subit tant d’attaques. Les communautés puissantes étant, par définition, celles auxquelles on ose peu s’attaquer.

Une dénonciation de la montée d’un certain communautarisme ethno-confessionnel qui a révélé surtout, par effet retour, l’incroyable pouvoir sur le débat d’idées, les lois disant le droit et la République, de cette autre communauté ethno-confessionnelle à l’origine de la diabolisation de la précédente. Soit, face à une Oumma divisée, manipulée, humiliée et finalement fictive, la toute-puissance du CRIF. » (page 109)

 

                Et ce sont encore certains membres de cette communauté islamophobe qui chercherait à défigurer notre mémoire :

 

 « Une clique communautaire issue de nos ex-dominions du Maghreb et d’une Europe de l’Est humiliée par la Collaboration qui, après la destruction du consensus économique et social du CNR, travaillera à la destruction de son consensus moral ; au remplacement, dans l’esprit des Français, de la France combattante de Jean Moulin par celle des Papon, Touvier et autres Bousquet soit, quarante ans après, la reprise de l’épuration, inaugurée par le procès Barbie… » (page 180).

 

                Et on a envie de se demander, comme pour une célèbre marque de boisson gazeuse : mais pourquoi sont-ils si méchants (eux, de la communauté dont on ne peut dire le nom, plus les francs-macs, La Banque, les laïcards… ) ? Par satanisme, tout simplement, satanisme dont les rites seraient prisés par les sociétés secrètes. Une hypothèse délirante ?

 

« Pas si délirante, puisque pour assumer la cruauté qu’impliquent les décisions prises au plus haut niveau par ces réseaux de domination occultes sur l’humanité souffrante – décisions générant : chômage, famines et guerres – il faut avoir renoncé aux commandements chrétiens d’humilité et de charité et avoir, littéralement, voué son âme au diable ! » (page 113)

 

               Le peuple américain, qui réélit pourtant le président belliciste Bush en 2004 avec une indiscutable majorité, serait-il sataniste, derrière son apparente bigoterie ?

 

               Ou peut-être est-il corrompu par de mauvaises origines, à l’instar de Sarko l’américain :

 

                « Sarkozy : margoulin aux origines et allégeances douteuses » (page 175)

 

L’Islam et l’Empire

 

                Il est en revanche une religion que Soral n’attaquera pas : la religion du Prophète, et la complexité de la théologie musulmane développée au cours de 14 siècles qui fait que l’auteur ne s’estime pas compétent pour juger de cette religion – tandis que pour mettre en cause l’Ancien Testament et le Deutéronome, il peut.

 

                On reste cependant pantois devant le trio (au tiers persan) que Soral nous propose en tant que France « réconciliée » :

 

« Pourtant, la réconciliation de Jean-Marie Le Pen et de Dieudonné, sa main tendue au président Mahmoud Ahmadinejad, nouveau champion de l’insoumission musulmane et des Etats du Sud à l’ONU, n’est-ce pas cette France « Black-Blanc-Beur » dont devrait se réjouir SOS-Racisme ? » (page 195)

 

                 Ou encore la présentation des guerres américaines comme des « guerres contre l’Islam » alors que ni les afghans ni les irakiens n’ont été désislamisés, et qu’à l’inverse, la communauté chrétienne d’Irak, elle, fuit son pays :

 

« C’est au nom de l’idéologie totalitaire et belliqueuse des « droits de l’homme », qu’on bafoue aujourd’hui les droits réels des hommes réels partout sur la planète : que ce soit le droit des serbes à rester serbes en Europe, mais aussi bien le droit des musulmans à rester musulmans en Iran et en Afghanistan. » (page 202)

 

                 Ou encore la finance islamique, dans laquelle Soral voit une forme de « résistance » à La Banque. Il devrait se réjouir de voir Christine Lagarde promouvoir la finance islamique en France : une « résistante » siège à Bercy !

 

(à suivre)

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 23:07

 

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 Dans cette suite de la critique de "Comprendre l'Empire"

 d'Alain Soral (Editions Blanche), après la question du "roman national" français, voyons les conceptions économiques du président d'Egalité & Réconciliation.

 

La Banque

                Admirons d’abord sa théorie de la monnaie. Il commence par l’économie archaïque du don et du contre-don, avant l’apparition de la monnaie.

« Des échanges qui s’amplifient et se généralisent et qui, après la première phase de troc, amènent nécessairement l’idée pratique d’un moyen abstrait et polyvalent d’échange généralisé : la monnaie.

Et qui dit monnaie dit argent : idée d’accumulation qui peut, dès lors, sur un champ social lui-même modifié et déspiritualisé par ce processus, venir concurrencer le prestige du don et finir, fatalement, par le remplacer. » (page 41)

Soral oublie juste que : 1) entre l’apparition de la monnaie, qui date de l’Antiquité, et l’accumulation primitive de Capital, qui progresse lentement au cours du Moyen-Age et n’accélère réellement qu’avec la Révolution Industrielle, il se passe plusieurs millénaires ; 2) qu’il n’y a d’accumulation possible que lorsque le niveau technologique permet de dégager des surplus. Mais évoquer l’effet de la technique comme élément déclencheur du changement de système économique (de la féodalité au capitalisme) n’est sans doute pas assez complotique pour notre auteur. Lui préfère, après quelques passages sur la bourgeoisie, arrivée au pouvoir en France par le biais de la noblesse de robe et de la Révolution, les banquiers. Banquiers qui, chargés initialement de prêter en contrepartie de métaux précieux réellement détenus, ont acquis le pouvoir de prêter de la monnaie qu’ils n’ont pas, de créer capital et intérêts. Ces banquiers, qui aux USA, parviennent à imposer – en fait suite à une crise financière face à laquelle il manquait un prêteur en dernier recours – la création de la Réserve Fédérale en 1913. Ca aurait pu être une autre date, Soral aurait quand même pu expliquer ce qu’il voulait à partir de cela.

« Et les deux causes majeures d’emprunts publics étant les crises et les guerres, on devine le rôle qu’a aussi joué la FED, depuis 1913, dans la survenue de ces évènements. » (page 60-61)

En fait non, on ne devine rien du tout, si ce n’est qu’on nous rebalance le vieux procédé : « celui à qui profite le crime en est probablement l’auteur », dont l’Histoire est pourtant riche de contre-exemples. Aucune preuve de la responsabilité DES banques sur le déclenchement des guerres mondiales n’est apportée. Sur le même principe, on pourrait imputer ces drames aux fabricants d’uniformes, qui ont dû eux aussi profiter des guerres. Mais le sérieux de l’analyse s’effrite un peu plus lorsque l’auteur nous gratifie de ses compétences d’historien économiste :

« Pendant ce temps, cette création de fausse monnaie entrainant une dévaluation constante de la valeur de l’argent, les détenteurs de dollars, à commencer par le peuple américain, ont vu depuis l’année 1913 leur argent perdre 90% de sa valeur et leur pouvoir d’achat baisse d’autant.

Une baisse constante compensée par la hausse vertigineuse de leur consommation à crédit auprès des banques.  » (page 60-61)

Si l’unité de dollar a bien vu sa valeur s’effondrer par rapport à l’or au cours du XXème siècle, le citoyen américain moyen n’a jamais perdu 90% de son pouvoir d’achat, puisque ses revenus en dollars croissaient bien plus que ceux-ci ne perdaient en valeur. Et invoquer le crédit comme source de cette compensation est très largement faux : la faiblesse de l’épargne américaine est un phénomène assez récent, couvrant les dernières décennies du précédent siècle, alors qu’au milieu du XXème, les USA étaient exportateurs de capitaux que les américains épargnaient. Leur richesse est tout simplement venue d’un formidable accroissement de leur productivité, mention que Soral ne fait jamais.

Non content de sa performance, Soral va jusqu’à expliquer toute notre histoire économique récente par « La Banque », le tout couvert par des politiciens pantins :

« La responsabilité de tenir compte des effets sociaux et humains des politiques bancaires (spéculation,  désindustrialisation, délocalisation, chômage…) incombant toujours, officiellement et médiatiquement, au pouvoir politique » (page 47)

Que la perte d’emplois d’industriels puisse s’expliquer par un changement dans le budget des ménages, qui consomment de plus en plus de services au fur et à mesure qu’ils s’enrichissent (mais pour Soral, la tendance générale serait l’appauvrissement, affirmation jamais démontrée comme tout le reste). Que le chômage puisse avoir d’autres causes que les intérêts des banques (devenus plus faibles pour les entreprises par rapport aux années 1980). Que les délocalisations soient aussi la conséquence de l’ouverture de marchés nouveaux et non seulement de coûts bancaires…Tout cela sera trop terre-à-terre pour notre écriv…pardon sociologue.

Il n’y a plus grand-chose d’anticapitaliste chez notre marxiste, passé comme nous le verrons à une « gauche du Travail », entièrement dévoué à la diabolisation d’une seule filière du système capitaliste :

« La Banque, intrinsèquement fondée sur l’abstraction du chiffre au détriment de l’humain (spéculation), libérée de tout frein politique et social (indépendance des banques centrales) et protégée de surcroît par son invisibilité politique et médiatique (domination de l’argent sur le politique et les médias) devenant progressivement – compte tenu de sa logique même – pure prédation et pure violence » (page 48)

Mais peut-être faut-il comprendre que pour Soral, les…pardon : La Banque devient Le Capitalisme à elle toute seule, puisque La Banque acquiert tout toute seule :

 « Ce prêt d’argent, fictif, mais que seules les banques ont le pouvoir de prêter, équivaut donc, à travers la garantie hypothécaire sur l’outil de travail et les biens, à une lente captation de toutes les richesses privées par la Banque ;

La Banque devenant ainsi progressivement propriétaire de tout, sans jamais rien produire, avec de la fausse monnaie pour seule mise de fonds ! » (page 50)

Soral raisonne comme si la masse des capitaux productifs était fixe (en même temps, c’est peu surprenant pour quelqu’un qui explique le chômage par les délocalisations). Si c’était vrai, l’hypothèque des outils de travail devrait mener à ce que, faillite après faillite, les banques deviennent effectivement propriétaires de tout. C’est oublier que le capital se crée, que les entreprises françaises en constituent chaque année pour plusieurs centaines de milliards d’euros (formation brute de capital fixe pour les comptables). En partie à crédit certes, mais quand une entreprise a remboursé son crédit et levé son hypothèque, elle est propriétaire de ce dans quoi elle a investi. La théorie de la « lente captation de toutes les riches privées par La Banque » ne repose sur rien, et ignore la désintermédiation financière (le recours à l’émission d’actions plutôt que l’emprunt, pourtant facilité en France depuis les années 80).

Mais ce n’est pas fini, Soral étant en sus expert en finances publiques :

« Un racket bancaire à l’échelle des Etats, et sur le dos des peuples, qui est la première raison de la fin de l’Etat-Providence au tournant des années 1970. La raison majeure de la fin de toutes les politiques sociales de développement qu’on appelle la Crise. Le paiement de l’intérêt de la dette – en réalité pur racket de la Banque absorbant désormais tout l’argent normalement dévolu au développement et au social – étant exactement égal, en France, à la totalité de l’impôt sur le revenu du travail. » (page 53)

Que la loi de 1973 ait favorisé la croissance de la dette publique en France, c’est une chose (cette croissance n'est en réalité pas forcément imputable à cette loi). Mais en disant cela, on dit que si les intérêts n’avaient pas existé, alors notre dette serait très nettement plus basse, à condition que les autres dépenses publiques aient été les mêmes. Donc il est absurde d’en déduire, comme Soral l’avait fait pour le problème des retraites dans une de ses vidéos, que sans les intérêts de la dette publique, on aurait pu dépenser plus, en investissements ou en dépenses sociales (ou alors sauf à faire tourner en permanence la planche à billets).

Ensuite, il suffira de rappeler à l’auteur que les « politiques sociales » n’ont jamais décliné par leur coût depuis 1973, bien au contraire : de 35% du PIB en dépenses publiques à 53% en 2008, dont 3% pour les intérêts. Qu’attendre alors des analyses d’un « penseur » dont la vision du réel est aussi erronée ? Ou encore qui prend des situations particulières pour des généralités, comme avec l’impôt sur le revenu :

« Un impôt sur le revenu du travail – déguisé en impôt social par sa progressivité – qui sert purement et simplement à payer l’intérêt de la Banque. » (page 56)

Si cela est actuellement vrai, c’est loin de l’avoir toujours été depuis la création de l’impôt sur le revenu en … 1914. A l’époque pour faire face aux dépenses de guerres, mais avant des décennies où cet impôt a dépassé le montant des intérêts de la dette publique.

Ou encore, un auteur qui reprend un mythe conspirationniste : dans son récit de la prise de pouvoir de La Banque aux USA, s’égrènent les imputations aux financiers de tous les assassinats de présidents américains, de Lincoln à Kennedy…Ce dernier serait mort à cause d’un décret qui aurait remis en cause le pouvoir de la Fed.

« Ainsi, en juin 1963, signe-t-il [JFK] l’Executive Order 11110, décret présidentiel qui, pour se débarrasser de la FED, impose un nouveau système adossant le dollar à l’argent métal. Aussitôt sont mis en circulation pour plus de 4 milliards de dollars en billets de 2 et 5 dollars, et autant de billets de 10 et 20 dollars sont imprimés. Le 22 Novembre de la même année, Kennedy est assassiné, le décret EO11110 aussitôt annulé par son successeur et les billets de 2 et 5 dollars retirés de la circulation. »

…En fait ce décret ne faisait qu’accroître, sous condition de l’accord du président, les pouvoirs de la Fed, et le décret ne fut pas abrogé par Lyndon Johnson en 1963, mais par Reagan en 1987… (http://abovethepresident.blogspot.com/2006/07/debunking-some-jfk-myths.html)

 

Allez, quitte à sortir de la sphère bancaire, on ne résistera pas à d’autres perles économiques de notre penseur :

                « La seule puissance militaire, sans le secours du sacré face aux forces de l’argent, conduisant inéluctablement à la défaite comme en témoignent les expériences communistes et fascistes européennes. » (page 171)

L’échec économique de l’URSS ramené à l’absence de foi, voilà qui met au tapis 70 ans de soviétologie… Mais l’explication de la croissance occidentale des Trente Glorieuses est aussi détonante :

                « On peut globalement considérer la période d’après-guerre 1945-1973 – appelée Trente Glorieuses – comme une période de prospérité et de consensus social.

                Prospérité économique due à la dynamique insufflée par les destructions et les pénuries de la guerre, et orientée dans un sens libéral par le plan Marshall. »  (page 176)

                Encore la bonne vieille théorie de bistrot : « la croissance d’après-guerre est due aux destructions de la guerre qu’il fallait réparer » ou « le plein-emploi est dû aux pertes humaines de la guerre ». Un minimum de logique devrait pourtant faire comprendre que si cela était vrai, alors la France n’aurait dû, après 1945, connaître que la croissance nécessaire pour rattraper son niveau de production de 1940, puis ensuite repartir sur la croissance molle des années 30. Ce n’est pas ce qui s’est passé, la croissance a été beaucoup plus forte.

Revenons à la finance, et trouvons l’apothéose, quand, parmi les adversaires de La Banque, on trouve ni plus ni moins que le Führer lui-même :

« En 1942, quand les états-majors US, britanniques et soviétiques décidèrent de se réunir en secret pour coordonner leur guerre contre Hitler, ils le firent dans les locaux de la Federal Reserve Bank de New York, et il n’est pas exagéré de résumer la politique mondiale du XXème siècle à une perpétuelle diabolisation des opposants à la Banque, elle-même garantie en dernière instance par la puissance militaire américaine. » (page 71)

Nous voilà en charmante compagnie. Mais ce n’est peut-être pas tellement un hasard…

(à suivre)

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 22:26

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Socialisme & Souveraineté a décidé de publier une lecture critique de l'ouvrage d'Alain Soral, "Comprendre l'Empire" (éditions Blanche), paru le 10 Février dernier. L'auteur, Pablito Waal, a considéré qu'il était important de répondre aux "thèses" de ce brûlot afin de combler le peu de réactions négatives (notons cependant que le site Enquête & Débat a également publié une critique) qu'a suscité ce document, et qui laisse les pro-Soral penser que leur gourou a réalisé une oeuvre indémontable car apportant la vérité. "Comprendre l'Empire", c'est ni plus ni moins qu'une tentative, en à peine plus de deux cent pages, "d'analyser" un processus de domination par l'argent et le mensonge qu'une clique de réseaux et de financiers exercerait sur le monde, et qui s'est construit au cours des deux derniers siècles. En lisant le texte, on s'est aperçu qu'outre un nombre difficilement appréciable d'aberrations historiques et économiques, ce livre était un véritable appel à la haine. Et nous attendons de pied ferme ceux qui viendront nous reprocher un "chantage à l'antisémitisme"...

 

Notre critique, assez longue, sera publiée en quatre parties.

 

 

Le dernier livre d’Alain Soral se veut être un succès de librairie « inattendu ». Parce qu’il est monté relativement haut dans les classements de ventes, et sans « soutien médiatique ». En réalité, peu d’auteurs disposent, comme Soral, d’une petite escouade (voire d’une petite armée ?) de militants publiant ses vidéos, les commentant, les rediffusant, formant un service médiatique remplaçant efficacement celui d’une maison d’édition.

                A la limite, l’affaire serait sans intérêt si ledit livre ne servait pas à répandre un petit message insidieux et odieux. Et nullement « subversif » comme son auteur et ses partisans aimeraient le faire croire.

                « Comprendre l’Empire » est un petit essai de 230 pages, présenté sous formes de petits textes (« texticules » comme se plait à les nommer Soral, l’apôtre du « macho qui aime sa mère et protège sa femme »). Soral a justifié sa forme « non universitaire » (pas de plan, pas de notes…) comme un souci de respect du lecteur (parce qu’écrire un livre scientifique serait donc irrespectueux) et parce que citer des références serait pédant, alourdirait le livre, amputerait le pouvoir d’achat du lecteur. Celui qui aborde l’ouvrage (surtout si c’est sa première lecture d’un livre de Soral) se rendra compte qu’en réalité, cette démarche n’est qu’un prétexte pour publier un texte où rien, je dis bien absolument rien, n’est démontré. Il ne s’agit pas que de l’absence de notes, mais bel et bien l’absence de toute source pour soutenir les nombreuses affirmations que Soral enchaine dans son récit. Pour être plus justes, disons que Soral cite parfois des œuvres à l’appui de ses dires : mais il s’agit des films de Louis de Funès ou des romans de Bernanos. Des œuvres de fiction pour appuyer la description de la réalité, peut mieux faire !

Le bon vieux temps

                Le fond du propos maintenant. L’auteur se donne d’abord pour tâche de casser le roman, plus spécifiquement le roman français, du progrès des Lumières en lutte contre l’obscurantisme, de la Révolution du Peuple contre l’Ancien Régime. Pour Soral, ce roman du progrès – effectivement mystificateur si on le présente aussi simplement qu’il le fait – est usurpé pour cacher un autre récit, celui de la montée d’une conspiration – comment la nommer autrement ? – de minorités contre le monde de la Tradition – car c’était toujours mieux avant. Pour Soral, le paysan de l’Ancien Régime vivait mieux que l’ouvrier du XIXème, et le Peuple (dont nous verrons la définition soralienne) n’aurait donc rien gagné à la sortie du féodalisme. Marx avait au moins vu dans la bourgeoisie une classe révolutionnaire qui avait fait avancer la roue de l’Histoire. Pour Soral le « marxiste », il n’y a que complot, trahisons, et finalement sodomie du peuple par la bourgeoisie (du moins la « progressiste », pour ceux qui n’auraient pas compris que le Progrès c’est le mal, la liberté c’est l’esclavage, et la guerre la paix). Alors commençons le récit de l’infâmie.

La Révolution Française, c’est principalement la bourgeoisie. Le peuple était fort peu révolutionnaire. Pire, une partie de ce peuple (bretons, normands, mais surtout vendéens) se révolte pour rappeler que, sous l’Ancien Régime, les petites gens se sentaient plutôt à l’aise, avant que la Révolution bourgeoise ne viennent imposer la loi Le Chapelier, proscrivant toute corporation et coalition ouvrière. Seuls les ignorants auront appris quelque chose (que la Révolution fut parisienne et nettement moins provinciale, que le peuple fut divisé, rien de très nouveau). Mais seuls les incultes complets pourront supporter sans sourciller d’entendre parler du relatif « confort populaire » sous l’Ancien Régime.

                « A ceux qui croient encore au discrédit et à la réprobation populaire unanime, nous rappelons les « Chouans ».

                Soit tous ces paysans de Bretagne, du Maine, de Normandie, de l’Anjou, de l’Aveyron, de la Lozère, de Vendée et du Poitou [Soral ignore que la Vendée fait partie du Poitou] qui, pour s’opposer au nouvel ordre révolutionnaire et républicain, rejoignirent l’armée catholique et royale [en Aveyron ? Lozère ?] parce que de l’ancien ordre, bien que du petit peuple, ils se trouvaient fort bien… » (page 19)

Que ce soit en pensant aux victimes des interminables guerres de succession, au million de mort de l’hiver 1709, aux révoltés croquants … Et la bêtise suprême est de ressortir la thèse du « royalisme populaire » qui expliquerait l’insurrection vendéenne. En faisant fi de la situation de crise économique que vivaient les habitants de l’Ouest, et du refus de la conscription, qui expliquent bien mieux le soulèvement de paysans qui n’avaient pas exprimé d’opposition ni à l’abandon des privilèges ni même à la proclamation de la République.

                Mais ce n’est qu’une étape. La suite, c’est de repeindre la Révolution comme une guerre contre… le catholicisme.

                « Par victoire politique de la Raison politique entendons : quand une idéologie de domination, la Raison bourgeoise et commerçante et rationaliste, soit la nouvelle religion toute neuve et fervente de la classe montante, vainquit le catholicisme, cette idéologie de la royauté usée par mille ans de pouvoir, à laquelle la noblesse elle-même ne croyait plus vraiment ». (page 18)

                Le fait que la même bourgeoisie, avec Bonaparte au pouvoir, acceptera ou soutiendra le Concordat, et, après les quelques turbulences que furent la constitution civile du clergé et le culte de l’Etre Suprême, et ce pour près d’un siècle de 1801 à 1905, c’est sans doute un accident. Accidentées aussi, la logique et la distinction des concepts chez Soral, lorsqu’il oublie que le contraire de la religion, c’est l’agnosticisme (pas forcément l’athéïsme), et non la laïcité :

                « En bonne logique, le contraire de la religion c’est la laïcité. Mais dans la réalité historique, politique, le combat anticlérical, mené exclusivement contre la religion catholique, fut le fait d’une autre église : celle du grand « architecte de l’univers » et de la franc-maçonnerie ». (page 31)

                Soral oublie également que si l’Eglise Catholique fut la seule combattue par les « laïcards », c’est parce qu’elle était la seule à posséder du pouvoir, les églises  réformées (surtout depuis la révocation de l’Edit de Nantes de 1685) et le judaïsme étant beaucoup plus faibles. Mais pour l’auteur, c’est sans compter l’autre Eglise, la vraie, la franc-maçonne. Dont on ignorera toujours qui en étaient, en 1905 ou à un autre moment, les chefs spirituels. Ni nom, ni organisation : la preuve et la source ne sont pas dans la marque de fabrique soralienne.

                « Un pouvoir [maçonnique] qui culminera sous la Troisième République par la loi de 1905 – loi dite de « séparation de l’Eglise et de l’Etat » - mais, en réalité, la dépossession du dernier bastion spirituel et politique resté qux mains de l’Eglise catholique qu’était l’éducation des enfants. Une charge de formater les esprits et les âmes, cruciale pour la domination, dorénavant confiée aux instituteurs laïquards de culture et largement d’obédience maçonnique. » (page 33)

                Pauvres enfants, dont une grand partie seront tirés de l’analphabétisme, le plus souvent sans avoir aucune information sur cette Eglise maçonnique, pas même un compas pour remplacer le crucifix, enfants qui recevront principalement de la maçonnerie les valeurs de la République… En quoi devons-nous regretter l’influence catholique sur l’éducation ?

                Ca, Soral nous l’explique dans les pages qui suivent ses prouesses sur la chouannerie : le catholicisme aurait garanti paix et charité sur le continent européen sur toute la durée du Moyen-Age. Les croisades ? Un moyen de canaliser la violence des européens contre un adversaire extérieur. Les guerres de religion, en France, la dévastation de l’Allemagne par la guerre de Trente Ans, la traite négrière ? Pas dans ce tableau idyllique d’une société où chaque ordre avait sa juste place, le clergé conservant le savoir, la noblesse défendant (en réalité en guidant au combat des masses de paysans le plus souvent) et le peuple travaillant. Et mieux encore, cette société était « solidaire » (on ne rit pas):

« Dans le monde de l’immanence ayant succédé à la Révolution française, la lutte des classes devient donc effectivement le nouveau moteur de l’Histoire.

Une lutte résultat d’abord de la fin de la solidarité trans-classes existant précédemment dans la monarchie de droit divin ; mais une lutte résultant ensuite, et surtout, de la promesse non tenue des lumières. » (page 119)

Pauvre Marx, dont le prétendu disciple Soral efface le rôle historique central de la lutte des classes avant le XVIIIème siècle, là où Karl situait dans la dialectique des luttes de classe maîtres et esclaves, serfs et seigneurs… De toute façon, la suite ne sera qu’une forme assez maltraitée de la lutte des classes. Car pour le président d’Egalité & Réconciliation, comme pour toute une clique de conspirationnistes pullulant sur le Net, ce n’est pas la bourgeoisie, la classe disposant de l’essentiel du Capital et de ses revenus qui mène l’exploitation capitaliste. Ce sont les banques qui captent tout l’intérêt de l’auteur, qui les rebaptise « La Banque » (singulier qui permet de les faire agir comme une personne seule, consciente et planificatrice, et surtout de gommer toute possibilité de faiblesse d’une banque seule face à un Etat).

Mais avant de voir la sociologie de classe de Soral, regardons le rater son bac d’économie.

 

 (à suivre)  

 

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