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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 20:06

Cet article s'inscrit dans la suite de la publication de nos propositions.

 

NOTRE LIGNE : Nous considérons qu'actuellement certaines libertés sont menacées par une invasion grandissante de l'Etat dans la vie privée des citoyens. Nous pensons qu'il est nécessaire de remettre au goût du jour la règle simple selon laquelle "tout ce qui ne nuit pas à autrui est autorisé". Ainsi, concrètement, nous pensons qu'il faut revenir sur nombres de lois liberticides émises depuis quelques décennies par les gouvernements de droite comme de gauche.

Ces lois sont en effet le fruit d'une action politique qui se tourne vers la répression dans le but de satisfaire un électorat vieillissant, d'une part. D'autre part, elles sont le fait de l'incapacité des Etats à influer sur le véritable levier de la vie quotidienne, soit l'économie. Enfin, une troisième raison aux réductions des libertés ces dernières années, peut se trouver dans l'influence grandissante d'associations faisant pression sur l'Etat pour satisfaire des revendications ciblées, au détriment du vote.

Néanmoins, ce droit doit s'accompagner de campagnes de préventions sans cesse accrues pour informer le citoyen des risques qu'il encourt. Des solutions d’aide psychologiques doivent être mises en place également pour aider tout « repenti » à échapper à une conduite dangereuse. Enfin, nous pensons qu'une frontière infranchissable doit être établie ou renforcée entre le monde de l'enfance et le monde des adultes. En ce sens, les lois récentes sur l’interdiction des jeux de hasard ou de la vente de cigarettes aux mineurs, ou bien le renforcement des procédures de sécurité contre la pornographie par satellite sont justifiées.

La distribution des produits addictifs

          Pour couper court aux trafics et abandonner une prohibition vaine, nous légaliserons la vente de cannabis, et ré-autoriserons les bars et autres commerces fumeurs. Les exploitants des entreprises concernées se verront imputer un surplus d’impôt sur le revenu (cf. notre projet fiscal autour d’un grand impôt sur le revenu) pour financer des soins pour les cancéreux et les cures de désintoxications (l’assurance-maladie étant désormais financée par l’impôt) ainsi que des campagnes de prévention.

          L’usage de son propre corps

          L’interdiction de la prostitution est contre-productive, et liberticide quand il ne s’agit pas de réseaux esclavagistes. Notre priorité (reliée avec notre nouveau système économique) est la réduction du chômage, et des possibilités d’aide sociale accrue (et de refuges, cf. nos propositions sur la sécurité) pour aider les prostitué-e-s, quelque soit leur nationalité, à sortir de cette activité vers un autre emploi.

          La liberté d’expression

          Nous considérons que tout propos qui ne menacent ou ne diffament pas des personnes précises n’ont pas à être jugés devant les tribunaux. Nous proposons de réduire considérablement la portée des lois combattant « l’incitation à la haine », et d’élargir à nouveau la liberté d’expression. Les lois mémorielles (Gayssot, Taubira) seront remplacées par une loi contre le révisionnisme. Il ne s’agira plus de faire écrire l’Histoire par le parlement, mais d’avoir une loi qui puisse faire poursuivre une personne publiant un texte où l’on réfute l’existence de crimes de masse généralement reconnus comme réels en utilisant les méthodes négationnistes (sélectivité des sources, attaques aux personnes, hypercritique…). Chacun a le droit de critiquer l’historiographie dominante, mais nier des crimes, de façon non scientifique, est la première étape pour leur recommencement.

          La liberté d’accès à l’information et à la culture

          Nous nous prononçons pour une suppression pure et simple des lois organisant la surveillance d’Internet et des téléchargements, donc en premier lieu de Hadopi. Il est inutile d’affronter l’imagination de millions d’utilisateurs pour copier et transmettre la musique, les textes, les images. Nous réunirons d’abord des conférences afin de faire connaître les nouveaux modèles économiques qui permettent aux artistes de se financer sans traquer l’utilisateur qui télécharge (systèmes Deezer, Flattr, par exemple).

          Nous pensons que l’Etat n’a pas à décider de ce qui est beau ou non. Et donc prônons la suppression du Ministère de la Culture, pour le remplacer par un ministère chargé de la protection du patrimoine reconnu par tous comme historique (nos châteaux, cathédrales ou paysages). Mais pour la culture actuelle, le seul rôle de l’Etat doit être de faire en sorte que personne ne soit trop pauvre pour avoir une consommation culturelle. Car la culture n’est en réalité jamais gratuite : que ce soit pour acheter des livres, des disques, des places, ou un abonnement Internet, l’attrait du public pour une œuvre culturelle se mesure à l’effort que chacun est prêt à y accorder. Une culture « gratuite », faite de subventions d’Etat, c’est une production ne répondant  la demande de personne. A ceux qui diront que les plus belles œuvres ne sont pas les plus vendues, nous répondrons qu’une belle œuvre finira par s’imposer spontanément, tôt ou tard. Rimbaud n’était pas riche, certes, mais il n’était pas non plus subventionné.

 

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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 14:05

      Nous retransmettons ce lien vers un article de François Asselineau et de l'UPR, annonçant que les conseillers économiques du gouvernement allemand viennent de suggérer que la Grèce fasse défaut sur un tiers de sa dette (qui passerait de 160 à 106% du PIB grec). Cette hypothèse, hautement gênante pour les banques françaises (mais pas que), devient de plus en plus probable. Mais n'oublions pas, comme nous l'avions écrit dans notre article de rappels sur la Grèce, que même avec un défaut total de l'état grec (plus du tout de dette, plus du tout d'intérêts), la Grèce serait encore aux prises avec un déficit public de 5% de son PIB (contre 10% aujourd'hui).

 

Le pavé dans la mare des 5 « sages » du gouvernement allemand : Il faut un défaut de paiement partiel de la Grèce

C'est un véritable pavé dans la mare que les "5 sages", conseillers du gouvernement allemand, viennent de jeter dans le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung qui paraîtra demain matin : ils assurent qu'une "décote d'environ 50% sur les obligations existantes serait souhaitable. L'endettement de la Grèce baisserait ainsi de 160% (du PIB) à 106%".

 

Bien entendu, une telle prise de position publique ne s'est pas faite sans obtenir auparavant le feu vert du gouvernement de Berlin. C'est donc bel et bien le gouvernement allemand qui souhaite le défaut de paiement partiel de la Grèce, notamment afin d'alléger le fardeau pour l'Allemagne et pour "mouiller" les banques et le secteur privé dans le sauvetage de la dette grecque.

 

La suite sur Agoravox : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-pave-dans-la-mare-des-5-sages-97827

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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 22:21

Comme promis dans le précédent article, voici nos propositions de réforme consitutionnelle, parue d'ailleurs dans le dernier numéro de notre journal. Cet article s'inscrit dans la publication de nos propositions.

 

Ces propositions sont celles défendues dans "La République des Commissaires" (présentée sur ce blog en Janvier dernier)

 

Aujourd’hui, nous pouvons distinguer trois courants de pensée sur le fonctionnement que devrait adopter la République Française. La première, dominante, est celle de la « démocratie moderne ». Elle prône le bipartisme, considère à voix basse qu’une abstention grandissante est le fait d’une démocratie « apaisée », et se réjouit de l’extinction des grands combats idéologiques d’autrefois. L’ouverture menée par Nicolas Sarkozy aux membres de l’opposition en est le symbole. La seconde est celle prônée par la gauche de la gauche. Elle est partisane d’un système reposant sur la proportionnelle et un régime d’assemblée. Enfin, une troisième école, à la fois repris à la droite de la droite et à l’extrême gauche est celle qui prône la démocratie directe, par exemple par le tirage au sort des citoyens.

Aucune de ses grandes lignes ne sont les nôtres. La première est une allégorie du libéralisme économique triomphant, et de l’exportation du modèle politique américain en France. La seconde est la volonté de ressusciter la quatrième république, en faisant de mine d’oublier ses défauts structurels, et traduit la volonté de partis en panne de militants de maintenir des appareils constitués principalement d’élus locaux. Enfin, la dernière se repose trop sur l’invocation du « bon sens » politique du plus grand nombre. La démocratie directe, pourquoi pas. Nous prônons le droit au referendum d’initiative populaire, lancé par un nombre restreint de citoyens, mais dont le résultat ne pourrait être validé qu’en cas de dépassement d’un quorum de 50% de votants dans la population inscrite. Mais nous refusons le tirage au sort, qui amène au pouvoir des personnes complètement irresponsables car non rééligibles.

Notre réflexion est différente en ce sens ou nous ne cherchons pas à établir le système politique idéal. Non, nous cherchons à déterminer le système politique le plus adapté à notre temps et à notre culture politique, afin de relever les défis qui nous sont lancés.

Voici un schéma constitutionnel de la sixième république que nous proposons :

 

VOLONTE POPULAIRE

 

VOLONTE DE CONSEIL

Chef du Gouvernement

Président de la République

Gouvernement du Peuple

Comité de Défense Nationale

Assemblée des Députés du Peuple

Assemblée Primaire des Commissaires à la Nation

 

 

Nous distinguons deux volontés agissant sur le pouvoir : la volonté populaire, celle du plus grand nombre, et la volonté de conseil, celle de l’élite intellectuelle de la nation [de citoyens qualifiés par leurs capacités intellectuelles et culturelles]. L’idée est de donner à ces deux volonté des champs d’actions déterminés, ainsi que des moyens pour faire pression l’un sur l’autre.

La volonté populaire, en premier lieu, se traduit à sa base par l’assemblée des députés du peuple. Ses membres sont élus au suffrage universel, comme pour les députés aujourd’hui. La répartition des sièges est faite à la proportionnelle, mais chaque parti politique ne peut avoir de sièges que s’il atteint un score suffisant dans un grand nombre de départements. Les députés du peuple sont les députés de la nation toute entière, et non du département dans lequel ils ont été élus. Ainsi, même si un homme politique d’un parti non représenté à l’assemblée est élu dans un département, il ne peut siéger à l’assemblée.

Etant donné que les sondages sont interdits et que la propagande médiatique est rigoureusement égalitaire pour chaque parti en scrutin sans prendre en compte les résultats des précédentes élections, nous sommes donc en présence d’une majorité représentant véritablement la majorité des votes à l’échelle nationale, le peuple français étant un et indivisible.

Cette assemblée élit elle-même, seulement parmi des députés élus, le gouvernement du peuple, dont l’organisation est libre. Le chef du parti majoritaire est alors nommé premier ministre. Le rôle du gouvernement populaire et de l’assemblée est le vote et l’initiative des lois. Ici aussi, davantage de démocratie car nous redonnons à la loi l’ensemble de son domaine réservé, et nous limitons désormais les règlements. De plus, le gouvernement n’est plus le fait d’obscurs énarques, il n’est plus formé à la discrétion du président, mais seulement composée de personnes élues. C’est un peu le système à l’anglaise qui se manifeste ici.

 

Mais en ces temps de mondialisation de polarisation par l’empire américain, la volonté populaire se trouve désormais épaulée par un véritable gouvernement parallèle, celui de la volonté de conseil. Celle-ci a pour principe d’être constituée de gens recrutés pour leurs talents intellectuels et leur dévouement à l’intérêt national. Il ne prime pas sur l’Assemblée et la volonté populaire, mais il constitue un rempart contre le carriérisme politique basé sur la démagogie. Dans l’organisation de cette volonté de conseil, on progresse par son talent, et on peut proposer des idées aux élus du peuple, un peu comme dans une version du lobbysme transparente et accessible à toutes les personnes talentueuses du peuple.

Dans le schéma de la volonté de conseil, il y a d’abord l’assemblée primaire des commissaires à la nation. Comment sont sélectionnés les commissaires ? Par un concours à échéances régulières, ouverts à tous les citoyens de plus de 30 ans, qui se compose en deux voies d’accès :

-          D’abord, le recrutement par la constitution d’un dossier, d’une thèse courte sur un sujet tel que l’économie nationale,  la défense, la sécurité intérieure, la géopolitique, la gestion de la recherche nationale, le droit constitutionnel… Un jury tripartite (députés de l’Assemblée, commissaires, experts universitaires ou anciens membres de gouvernements de toutes nationalités) ;

-          Mais aussi, une voie de recrutement « par le fait » : le même jury tripartite sélectionnera régulièrement une liste de personnes s’étant distingués en tant qu’entrepreneurs particulièrement performants (aussi bien dans les grandes que les petites entreprises, celles qui correspondent à des intérêts nationaux vitaux comme celles qui ont émergé récemment dans des secteurs imprévus – cf. le modèle économique que nous prônons dans le numéro 7 de notre journal), ou en tant que dirigeants d’associations d’utilité publique, en tant qu’inventeurs, ou parmi les militaires méritants (dans les opérations de maintien de la paix).

Tous les candidats retenus par le jury devront également se soumettre à un examen de culture générale, de connaissance du droit et de l’administration sur le modèle des grandes écoles actuelles.

Cette « assemblée des sages » donne des avis, peut interroger l’Assemblée des Députés du Peuple sur ses décisions, demander des comptes, proposer des lois et des textes, demander l’abrogation de lois. Les députés restent souverains, mais les commissaires ont un pouvoir de critique fortement médiatisé, qui peut mettre les députés en position délicate face à leurs électeurs. Les citoyens peuvent également, s’ils se heurtent à des fins de non-recevoir face à leurs députés, demander aux commissaires de porter leurs revendications à l’Assemblée (les citoyens protestataires peuvent aussi devenir commissaires, plus facilement qu’on ne crée un parti pour les prochaines législatives). L’avantage des commissaires est que tout en respectant la souveraineté des députés, ils permettent à des idées originales d’émerger, sans se soumettre à la course aux voix, à la démagogie, et au conformisme face aux opinions dominantes.

L’assemblée des commissaires élit le comité de défense nationale. Ses membres ont au moins 50 ans. Le comité est un organe collégial dont les 16 sièges sont répartis fixement. En effet, 4 sièges sont réservés à des représentants de l’armée, grande nouveauté en ce sens où nous offrons à cette dernière une représentation structurelle de ses intérêts. 4 autres sont réservés à des acteurs majeurs de l’économie française. Les 8 autres sont partagés entres des juristes (pour le contrôle de la constitutionnalité des lois), des représentants de l’éducation nationale, du monde scientifique et de l’information.

Le comité, dont les séances sont à huis clos, élit à l’unanimité parmi ses membres le président de la république. L’intérêt est que le président ne le soit plus par sa capacité à être une bête médiatique, à mentir et à se rabaisser. C’est un homme mûr, expérimenté, et conscient de l’intérêt national. Nous redonnons son sens à la juste idée d’origine de la cinquième république : le président n’est pas l’homme d’un parti, mais le garant de la constitution, ainsi que de l’indépendance nationale. Nous créons artificiellement une situation de cohabitation permanente.

Cependant, en cas de désaccord entre les deux volontés (populaire et de conseil), il convient d’établir des mécanismes de pression réciproques. Ces derniers doivent être rodés avec le temps, mais nous pensons qu’un droit de referendum sur une loi, un droit de dissolution du président sur le parlement, mais aussi du parlement sur le comité (ce qui entraîne naturellement une démission du président, car bien qu’irresponsable politiquement, il est issu du comité) sont nécessaires. Les mécanismes entre le parlement et le gouvernement sont également maintenus, bien que leur pertinence soient réduits par le bipartisme.

Enfin, dans les cas extrêmes, nous pensons qu’il faut donner les moyens aux deux volontés de s’imposer pour débloquer une situation grave, en espérant que cela n’arrive jamais. La volonté de conseil disposera toujours de l’article 16, soit des pleins pouvoirs du président.

 

 

 

 

 

 

 

  

                                              

 

 

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 23:40

               

 

                  Il y a quelques jours, nous publiions la vidéo d’une conférence d’Etienne Chouard, prônant le remplacement de l’élection des représentants du peuple par le tirage au sort. Dans la construction initiale de la conférence, celle-ci a le mérite : 1) de rappeler que l’élection est bien une délégation de souveraineté du citoyen, non pas seulement vers la personne élue, mais vers ceux qui peuvent faire élire (les partis, les lobbys, les puissances d’argent). Et que les gouvernants ne devraient jamais écrire eux-mêmes la constitution. Choses que seuls les plus jeunes et/ou naïfs ignoreront, et 2) de nous rappeler les principes de la démocratie athénienne, qui, avec toutes les limites que l’on pouvait imputer à son temps, n’en gardait pas moins des avantages sur lesquels elle aurait rendu des points à nos régimes actuels.

 

Pour un système sans déformation de la volonté populaire

 

                Le système que décrit Chouard ferait que, dans le pouvoir législatif (assemblée-s) et exécutif (pouvoir régalien), les désignés le soient par un tirage au sort sur une liste de citoyens s’étant portés volontaires. Les mandats sont courts (Chouard va jusqu’à prendre pour exemple les mandats d’un jour à Athènes, pour désigner ceux qui assistent l’assemblée), non renouvelables (de toute façon, par simple calcul des probabilités, on peut difficilement être désigné deux fois de suite). Et une série d’institutions servent au contrôle des tirés au sort, avant la désignation (comme l’ostracisme), ou après celle-ci (comme l’examen du lauréat, la docimasie), ou après le mandat (par la restitution de comptes). Ces trois formes de contrôles pourraient tout aussi bien s’appliquer aux élus, mais Chouard ne le remarque pas.

 

                On notera cependant un certain flou quant au pouvoir réel des tirés au sort. A plusieurs reprises, Chouard dit que les désignés n’auront pas vraiment le pouvoir, que ce ne seront que des assistants. Mais assistants de qui ? Des assemblées du peuple ? Le pouvoir législatif serait donc entre les mains de perpétuelles assemblées populaires (impossibles à réunir régulièrement sur un pays de plusieurs dizaines de millions d’habitants) ? Ou alors y aurait-il une assemblée durable, avec quelques centaines de membres désignés par tirage au sort pour un mandat de plusieurs mois au moins ? Dans ce cas, si l’assemblée nationale devait être tirée au sort, alors ses membres auront donc bien un pouvoir (législatif), peu importe que ce soit une seule assemblée qui décide sur tous les sujets sur lesquels la Constitution l’autorise à légiférer, ou que des commissions spécialisées sur chaque sujet soient créées (pour reprendre l’exemple des maliens traitant des OGM repris par Chouard).

 

                Le but de la conférence est d’expliquer que le tirage au sort serait une « bombe contre l’oligarchie », contre « le système ». Parce qu’on ne pourrait plus choisir les désignés par l’argent (qui est si déterminant dans les médias et dans les campagnes électorales, dans les réseaux d’influence qui avantagent tel ou tel candidat). Parce que la politique ne serait plus professionnalisée. Mais aussi parce que, statistiquement – en fait l’argument n’est pas clairement utilisé par Chouard, mais il pourrait le reprendre -, en appliquant le tirage au sort sur un grand nombre de personnes, on retrouverait un panel d’opinion réellement représentatif des principales opinions publiques, là où les élections permettent aux partis de déformer cette représentation, en pré-selectionnant les candidats à l’intérieur des partis, par exemple.

 

Quelques erreurs sans gravité

 

                On peut trouver un certain crédit à ces raisons, et s’accorder avec le conférencier sur le fait que certaines critiques sont absurdes (comme lorsque la comparaison avec l’Athènes classique entraîne l’amalgame avec l’esclavagisme). Certains arguments de Chouard sont en revanche plus faibles. Par exemple lorsqu’il dit que l’élection suppose que les citoyens connaitraient les candidats, et que cela serait peu réaliste à grande taille. Or c’est le contraire qui est vrai : la plupart des français connaissent sans doute mieux Nicolas Sarkozy que le maire de leur commune. Pas personnellement, bien sûr. Mais le fait de vivre dans un pays relativement grand fait que le présidentiable puis président a été beaucoup plus scruté, analysé, commenté, qu’un maire de petite ville. On pouvait, en 2007, trouver partout le programme du candidat de l’UMP, lire nombre de biographies et d’articles sur sa personne. Il suffisait de le vouloir pour cerner le personnage mieux que la plupart de nos voisins de paliers. Donc Chouard se trompe lorsqu’il dit que la connaissance des élus – ou candidats – par les électeurs serait un mythe qui condamnerait l’élection sur un pays à grande échelle.

 

                Il emploie également des raccourcis impressionnants dans ses exemples : quand il parle des essais nucléaires enregistrés dans le monde depuis 1944, comme preuve de l’incompétence des élus, d’une part il simplifie énormément la question de la sécurité nucléaire (la bombe atomique ne nous a-t-elle pas évité une troisième guerre mondiale, une vraie ?), et surtout il cite des pays (l’URSS, la Chine…) dont les dirigeants ne sont ou n’étaient pas vraiment des «élus ». Ou encore, l’exemple qu’il prend sur la commission citoyenne malienne ayant statué sur les OGM, après moultes consultations de diverses parties (anti- ou pro-OGM) prouve certes que des citoyens tirés au sort ne sont pas plus incompétents que les élus (qui font eux aussi des commissions d’enquête), mais ils ne le sont pas moins (car la conclusion du style « non aux OGM car on ne sait pas à quoi ça sert ni si c’est dangereux » relève du même niveau d’inversion de la charge de la preuve qu’opèrent les élus qui, en France, veulent et votent des moratoires sur les OGM).

 

                Malgré ces quelques écarts, on peut s’accorder avec Etienne Chouard sur le fait que les tirés au sort ne seront pas plus « affreux », plus incompétents que les élus, et que le tirage au sort serait au moins aussi facile à mettre en place que l’élection sur un grand pays.

 

Les failles de fond

 

                Les vrais problèmes qui se posent avec la thèse de Chouard ne sont pas là. Pour aller plus vite, nous les résumerons dans les points suivants, dans l’ordre croissant de gravité :

 

                -          Les tirés au sort seront par définition irresponsables. Car leurs mandats seraient non-renouvelables. Quand on sait qu’on ne sera pas ré-embauché de toute façon, aucune raison de se presser à fournir un excellent travail. Alors certes, la menace de ne pas être réélu ne pousse pas non plus les élus à l’excellence, mais au moins ont-ils une réelle pression pour agir (même s’ils y répondent par la démagogie plus souvent que par l’excellence des choix – mais il faut dire que les électeurs sont malheureusement plus réceptifs à la démagogie qu’à l’analyse rigoureuse des bilans des élus). Les tirés au sort, même s’ils passent à la fin de leur mandat devant une commission de contrôle a posteriori, savent qu’il ne leur en coûtera pas grand-chose d’avoir été indolents et inactifs (et qui composerait ces commissions de contrôle ? Des tirés au sort ? Ils seront indolents également…) ;

 

                -          Le tirage au sort interdit au citoyen qui a des idées tout espoir de pouvoir les faire passer en militant. Par exemple, dans la démocratie du tirage au sort, imaginons qu’une personne ait un projet de réforme à faire passer. Il peut créer une association, faire des conférences, des livres, se faire connaître. Mais… il n’ a quasiment aucune chance d’être désigné comme député, pour des raisons arithmétiques. Il se peut, si ce militant a beaucoup de partisans dans le pays, que certains d’entre eux se retrouvent à l’Assemblée. Mais défendront-ils son projet avec la même ardeur que lui ? Et le défendront-ils tout court, en sachant ce que nous avons dit à l’alinéa précédent, qu’en fin de compte, rien n’oblige les tirés au sort à réformer le pays, puisqu’aucune réelection n’est possible ?

 

                Cette faille est très loin d’être anodine. Elle permet de comprendre ce qui étonne Chouard en fin de conférence : que des citoyens lambdas, membres de partis politiques, soient contre le tirage au sort. Le conférencier avoue ne rien y comprendre. Mais c’est parfaitement logique : quand on est militant d’un parti, et qu’on y croit vraiment (à tort ou à raison, ce n'est pas le sujet ici), on raisonne du point de vue de l’intérêt du parti, et des idées qu’il défend. L’intérêt des militants d’un parti (pas forcément des gens qui le dirigent…) est d’avoir des leviers de commande pour faire appliquer leurs idées. Dans le cadre du système électoral, un parti qui a un certain nombre de députés peut leur donner des ordres sur ce qu’ils ont à voter, en les menaçant de ne plus soutenir leur prochaine campagne électorale s’ils s’écartent de la ligne du parti. Dans un système de tirage au sort, les partis, en tant que groupement d’intérêts, en tant « qu’intellectuel collectif » (comme voulait l’être le PCF) n’ont plus ce pouvoir. Les dirigeants des partis auront peut-être les moyens de retrouver du pouvoir (cf. la critique suivante), mais les militants, eux, n’auront plus l’impression de peser sur quoi que ce soit. Ceci dit, ils ne pèsent déjà pas sur grand-chose en tant que simples militants. Mais le système du tirage au sort empêche le militant qui se fait connaître par ses idées d’espérer arriver personnellement aux responsabilités en se faisant élire député. Les députés seront toujours sélectionnés, par le tirage au sort, parmi une masse de gens « volontaires », qui seront tous de faits plus ou moins inactifs, puisque de toute façon ils n’avaient rien à faire pour se faire désigner.

 

                Passons à la critique qui risque de doucher les espoirs de ceux qui voient dans le tirage au sort la « bombe contre l’oligarchie ».

 

                -          Du point de vue de Chouard et de ceux qui le soutiennent, les grands lobbys, les puissances d’argent, les banques, les réseaux occultes, devraient s’horrifier du système du tirage au sort. D’ailleurs, dans une logique assez circulaire, si l’on défend peu le tirage au sort dans la société française, c’est bien parce que cela gène les puissants, non ? En réalité, il n’y a aucune raison de penser que « l’oligarchie » serait mécontente d’un tel système. Imaginons simplement qu’il existe, ce système. Que deviendraient les anciens partis, les fondations qui rédigent des rapports pour eux (comme la fondation Bertelsmann à laquelle Pierre Hillard a consacré un livre) ? Disparaîtraient-ils, rouges de honte ? Non. Au contraire, leur tâche serait grandement facilitée. Car plus d’élections, ça veut dire plus de campagnes électorales à financer et à mener. Plus besoin d’essayer un tant soit peu de communiquer avec ces boulets que sont les militants de base, ces idiots qui croient qu’ils peuvent influencer la politique sans même être millionnaires. Les partis politiques se mueraient directement en associations, se finançant directement auprès des puissances d’argent les plus diverses…Et ils passeraient leur temps à acheter les députés « tirés au sort ». Alors bien sûr, ce ne serait pas possible si les mandats ne duraient qu’un jour. Mais qui pourrait y croire ? Pour traiter sérieusement des sujets, seuls des mandats de plusieurs mois seraient viables. Et dès le début du mandat, le tiré au sort verrait arriver des représentants des ex-partis reconvertis en associations, qui leur promettraient soit directement une enveloppe, soit des conférences et séminaires pour les convaincre qu’il est du plus haut intérêt du pays de faire voter telle ou telle loi. Bien sûr, ce genre de pressions existe déjà sur les élus. Mais là, les anciens partis n’auraient plus que cela à faire. Ce qui leur coûterait nettement moins d’argent que de maintenir un réseau militant. De plus, les députés tirés au sort, sans être plus bêtes ni plus vils que les actuels élus, n’en seraient pas moins des « bleus », au sens où personne ne les aurait préparé à la réalité de la vie de parlementaire. Alors que le militant qui poursuit son ascension dans la politique et se prépare à la députation peut voir venir ces situations de tentation. Et même si un député a l’habitude de se faire « acheter », au fur et à mesure qu’il vieillit, prend de l’expérience, s’enrichit, il devient de plus en plus dur et cher de le faire changer d’avis, de positionnement, de réseau d’appartenance. Alors que les tirés au sort seraient beaucoup plus malléables.

 

                Voilà pourquoi les oligarchies, non seulement n’auraient rien à craindre du système proposé par Chouard, mais au contraire devraient l’acclamer. Alors pourquoi ce système ne se met-il pas en place ? Peut-être parce que la réalité d’un pays comme la France est plus compliquée que celle d’une dictature des puissances d’argent : le pouvoir de celle-ci est fort, mais la grande masse du peuple français est loin d’être innocente et impotente dans la vie politique. Et un grand nombre de citoyens sont attachés à l’idée du militant, du politicien qui a des idées, qu’il aurait inventées seul ou prises au contact du peuple, qui s’en fait le tribun, et parvient jusqu’à la députation après avoir arpenté le pays et labouré l'opinion publique. Le tirage au sort casse cette perspective en donnant le pouvoir (car oui, c’est bien le pouvoir qui est en jeu, non le simple « service des citoyens ») à des gens qui n’auraient rien fait pour l’avoir.

 

                En conclusion, si l’on peut savoir gré à Etienne Chouard de vouloir lutter contre la pesanteur de partis politiques se succédant à eux-mêmes dans la pratique d’un pouvoir irresponsable et peu compétent, on concluera, à Socialisme & Souveraineté, que sa solution est loin d’être idéale. Car elle part du principe – populiste, au mauvais sens du terme – que le peuple est bon, que ce sont les élites qui sont mauvaises, et que toutes les bonnes idées sont déjà répandues au sein du peuple, et que globalement le peuple sait ce qu’il lui faut ou pas. Or les bonnes idées peuvent bien venir d’individus initialement isolés, le peuple peut être aussi avachi et incompétent que les élites, et les débats actuels (entre libéraux et socialistes, protectionnistes et libre-échangistes, pro- et anti-immigrationnistes…) révèlent des clivages si profonds qu’on ne voit pas en quoi des débats entre députés tirés au sort –de surcroît rendus irresponsables par leur mandat non-renouvelable- seraient plus à mêmes de les résoudre que des débats entre élus.

 

     Socialisme & Souveraineté publiera des propositions qui lui sont propres bientôt.

 

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Published by Socialisme&Souveraineté - dans National
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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 23:50

     Nous publions cette vidéo d'une conférence d'Etienne Chouard, professeur d'informatique qui s'était fait connaître depuis la campagne référendaire de 2005. Il défend aujourd'hui, en plus de la dénonciation de la "loi de 1973" et du système financier, le fonctionnement actuel de la démocratie. En cela, on ne peut que l'approuver. Il propose le tirage au sort comme véritable exercice de la démocratie. Nous proposons à nos lecteurs de suivre cette conférence qui a le mêrite de poser la question du fonctionnement global du système dit démocratique, au lieu de juste "s'indigner" de ses résultats.

 

     Nous en publierons un commentaire dans les prochains jours.

 

 

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Published by Socialisme&Souveraineté - dans Vidéos-Audios
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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 22:57

 

Il se sera encore fait attendre, mais il est là : notre huitième numéro, bimensuel, dans lequel nous donnons:

 

 

- une partie de la suite de notre programme, dont la totalité sera sur ce blog et dans un document complet sur PDF;

 

- des récits d'expérience de plusieurs de nos camarades, qui expliquent ce qu'ils ont vu dans les partis "classiques" qu'ils ont fréquenté, et pourquoi il faut changer de fonctionnement;

 

- la présentation de notre nouveau projet, l'Association Républicaine pour le Socialisme et l'Indépendance Nationale (ARSIN), dont nous vous reparlerons très prochainement.


Vous pouvez trouver le journal :

 

- sur Issuu : http://issuu.com/pablitowaal/docs/journal_soc_et_souv_n8 ;

 

- sur Calameo : http://www.calameo.com/books/0004559755002aad8f17e ;

 

- sur fichier-pdf : http://www.fichier-pdf.fr/2011/07/05/journal-au-05-07-2011/#

 

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 22:53

Alors qu'une souche de Escherichia Coli a déjà tué 37 personnes dans plusieurs pays, les écologistes, dont la "journaliste" Marie-Monique Robin et le député-maire de Bègles Noël Mamère tentent un contrefeu. Qui finit en pétard mouillé sur le blog Imposteurs :

 

Mamère et MMR rament dans le même bateau bio

En l’espace de quelques semaines, 3 affaires de contamination d’aliments par des bactéries Escherichia Coli sont venus rappeler la nature des vrais problèmes alimentaires, loin des délires de MMR ou d’Isabelle Saporta : le risque bactérien (salmonelles, listéria, E coli) est de loin le plus important.

 

L’épidémie la plus grave a pour origine des graines germées produites par une ferme bio allemande. Responsable à elle seule de 3900 cas d’infection à Escherichia coli entérohémorragique (Eceh), elle a entrainé à ce jour 48 décès (1). Alors que la réalité des risques sanitaires spécifiques liés à l’agriculture biologique est soulignée , on s’attendrait à ce que ceux qui font des peurs alimentaires leur fonds de commerce fassent au minimum preuve de réserve, à défaut de réclamer des contrôles plus rigoureux des pratiques et des produits de la filière bio.

 

La suite sur Imposteurs.over-blog.com.

 

 

Et pour un point de vue plus global, un article du blog de Laurent Berthod :

 

Dans un bulletin du 15 juin dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recense 3362 cas de contamination par la bactérie Escherichia coli O104:H4, dans 14 pays européens, aux États-Unis et au Canada. Trente sept de ces cas ont été mortels.

 

La suite ici.

 

 

 

 

 

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 22:30

     Puisque l'on parlait d'écologie hier, nous ne manquerons pas de féliciter les électeurs de la primaire d'Europe Ecologie - Les Verts, pour avoir fait le choix de la "vraie candidate verte" au premier tour, en donnant l'avantage à la verte (récente, et pas forcément mûre) Eva Joly contre Nicolas Hulot, jugé comme le candidat TF1-Rhône-Poulenc. Et aussi jugé par les français (toutes orientations confondues) interrogés dans les sondages comme le meilleur candidat potentiel de cette alliance hétéroclite.

 

(voir Le Parisien, 20 Minutes, le JDD, Sondages-en-France.fr...)

 

     Alors certes il y aura un second tour, Hulot peut encore passer, et dans le cas contraire Joly peut créer une surprise à la présidentielle. Mais quoi qu'il en soit, le camp verdâtre partira déchiré. Et on ne peut que féliciter des adversaires qui s'affaiblissent eux-mêmes.

 

On peut rejoindre les commentaires d'Eric Zemmour sur RTL ce matin.

 

 

 

     ...à ce point près que, contrairement à Zemmour et nombre de commentateurs des articles relatifs aux Verts sur le Net, on se demande toujours pourquoi revient cette ritournelle des "pastèques"...Vous savez, les écologistes seraient "verts à l'extérieur, rouges à l'intérieur"...

 

     Juste une question: Cohn-Bendit, c'est un communiste, peut-être?

 

     A quel moment les Verts appellent-ils à nationaliser massivement des entreprises?

 

     Quand parlent-ils réellement de renverser le capitalisme?

 

     Défendre les sans-papiers, la légalisation du cannabis et du mariage gay, cela fait-il de vous un communiste? Si c'était le cas, alors Zapatero, régularisateur de clandestins en masse, les Pays-Bas, paradis du chichon, et l'état de New York, qui vient d'autoriser le mariage homosexuel, seraient donc communistes...?


     Et même si les Verts avaient choisi pour représentant le décroissant Cochet, ça ne faisait pas d'eux des communistes (citation de Cochet datant de  2002 : "le problème, c'est pas que les entreprises soient publiques ou privées, c'est qu'on produit trop de bagnoles").

 

     Alors quelqu'un peut-il sérieusement nous expliquer en quoi les Verts seraient des "rouges"?

 

 

 

 

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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 21:48

 

Nous avons reçu une question sur l'aspect environnemental de notre programme économique. En effet, la notion de limite des ressources naturelles, au coeur des préoccupations de l'écologisme politique et surtout des décroissants, n'est pas abordé dans le bref descriptif du modèle que nous proposons. Sauf dans notre résumé où nous évoquons la capacité de ce système à permettre à la société de résister à une pénurie de ressources, pour cause militaire, technologique ou autre. Nous donnons notre position plus largement ici.

 

 

     Notre programme économique est axé sur sa capacité à rendre possible le plus haut niveau production de biens et de services, mais surtout au fait de permettre à tous ceux qui le veulent de travailler.

 

     Sur la question de la décroissance, la position de  l'organisation est sceptique, voire clairement négative.


     Le discours décroissant se base sur ce syllogisme:

 

1) Nous savons que les ressources matérielles de la planète sont limitées, et qu'elles sont déjà promises à un épuisement proche;

2) La croissance de la production de biens et de services signifie nécessairement que l'humanité prélève et utilise davantage de ressources matérielles et d'énergie présentes dans notre environnement;

3) Conclusion: la croissance économique ne peut pas continuer, il faut au moins la stopper et sinon l'inverser si l'on veut éviter un épuisement rapide des ressources et une catastrophe humaine globale.

 

     La conclusion 3) est logique si l'on accepte les propositions 1) et 2). Mais ces deux propositions sont problématiques, et la seconde est tout simplement fausse.

 

Finitude des ressources

 

     D’abord, l’idée selon laquelle nous connaissons la limite des ressources naturelles (qu’il s’agisse du pétrole, des métaux, des carburants fossiles, du bois, des terres arables…).

 

     Il faut distinguer trois choses :

 

-         le volume total des ressources de la planète, connues ou pas, exprimé en mètres cubes, en tonnes, en mètres carrés…On sait qu’il est en quantité finie, tout comme on peut estimer la surface, le volume et le poids de la Terre… mais on ne sait pas très bien ce qu’il y a à l’intérieur ;

 

-         le volume total des ressources que nous connaissons : la quantité de pétrole restante par exemple, ou celle de fer, d’étain, de plomb… Le cas du pétrole est crucial et emblématique : on ne sait pas combien il en reste. Comme le dit Jancovici, cela fait 40 ans que l’on se dit qu’il reste 40 ans de pétrole…Certes, les découvertes de gisements ont diminué depuis plusieurs décennies. Mais le souci est que l’estimation des réserves est toujours compliquée. Parce que dans les réserves, il y a les réserves connues, celles probablement exploitables (on met un coefficient de 50% ou dans ces eaux pour estimer la quantité de pétrole qu’on pourrait en tirer, sans certitude), et les ressources incertaines (on leur met une probabilité d’exploitation de 10% par exemple). Toutes ces probabilités peuvent devenir fausses. On peut reconsidérer comme certainement exploitables des réserves qui ne l’étaient pas il y a quelques années. Et ce soit parce que la prospection, la technologie de forage et d’extraction se sont améliorées, soit parce que ces moyens existaient déjà mais que l’extraction était trop chère (si le gisement est trop profond, trop biscornu, etc…). Or quand le prix du baril augmente, des gisements trop chers à exploiter aux prix d’hier deviennent alors rentables (c’est pour cela que la montée du prix du baril allonge en fait la durée d’exploitation du pétrole). Donc, en fait, les ressources utilisables sont difficiles à connaître à un moment M. Et surtout, la question est : qu’avons-nous la capacité de faire avec ces ressources ?

 

-         On en arrive à la troisième notion : la quantité de biens et d’actions que l’on peut faire avec les ressources connues. Et là c’est encore beaucoup plus compliqué. Avec les ressources connues, on peut se dire : « certes, on les connaît mal, mais on sait que dans l’absolu elles sont limitées, et qu’elles ne s’accroissent pas ». Oui, mais pour ce qui est de leur utilisation, ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, on fait bien plus avec cent litres de pétrole qu’avec la même quantité il y a cinquante ans : les voitures sont plus économes et peuvent rouler plus longtemps, par exemple. Aussi, des ressources dont on ne voyait aucune utilité il y a cent ou deux cent ans (l’uranium et le pétrole par exemple) peuvent devenir fondamentales en cas de changement technologique. Et c’est là que la remarque « on connaît mal les réserves de pétrole, mais on sait que cela va s’épuiser » s’effondre : en fait non, il se peut qu’une source d’énergie de remplacement émerge vraiment avant que le pétrole ne s’épuise (d’autant qu’on ne sait pas quand le pétrole va s’épuiser…). Donc la capacité à produire avec les ressources connues s’accroît sans cesse avec la technologie.

 

Croissance et pollution

 

Passons à la deuxième affirmation : non, la croissance de la production ne signifie pas nécessairement une croissance de la consommation de ressources matérielles prélevées et d’énergie utilisée. Un exemple : en France, depuis dix ans, la quantité d’énergie (en équivalent de tonnes de pétrole) utilisée stagne, alors que le PIB (malgré la récession de 2009) a progressé. Les industries et les véhicules sont devenus plus économes. Et globalement, dans le monde, si la quantité d’énergie consommée augmente (sous la pression de la Chine et des autres pays émergents), elle progresse (2% par an) moins vite que le PIB mondial (qui doit être à 3 ou 4% par an). Ce qui fait qu’on ne peut pas rejeter les progrès en économie d’énergie des pays riches en disant que c’est dû aux délocalisations de productions industrielles vers les pays émergents : cela n’explique qu’une partie du phénomène, et les émergents eux-mêmes deviendront plus économes.

 

Autre indicateur : la consommation intermédiaire matérielle (CIM), indicateur qui recense le volume de matériaux consommés par un pays. Dans les pays développés d’Europe de l’Ouest, la productivité des ressources (la quantité de PIB produite par unité de CIM) a très fortement monté (de moitié plus à deux fois plus aujourd’hui qu’il y a trente ans), ce qui veut dire que quand bien même notre CIM serait resté la même qu’il y a trente ans (elle a un peu augmenté en France), notre PIB serait quand même plus élevé. On pourrait même avoir un PIB plus élevé avec une CIM en baisse, et l’avenir technologique peut nous le permettre. D’autant que l’amélioration des techniques de recyclage peut aussi réduire plus encore notre ponction nette de ressources matérielles (ponction nette : consommation de ressources – ressources issues du recyclage). Et on peut se retrouver avec une croissance qui réduise notre empreinte sur la nature : plus de productivité agricole donc moins de terres utilisées et même moins d’engrais et pesticides, moins de matériaux extraits, moins de carburants fossiles (voire plus du tout si de nouvelles technologies les rendent obsolètes…).

 

A l’inverse,  l’idée selon laquelle la décroissance mènera forcément à consommer moins de ressources est aussi fausse. Un exemple : l’URSS. Ce pays remplissait fort mal les exigences de productivité que demandaient les plans, utilisait des technologies obsolètes qui faisaient que, dans les années 80, l’industrie soviétique utilisait au moins autant de matériaux et de carburants que les pays occidentaux capitalistes, pour produire nettement moins. L’application immédiate d’un programme de récession de la production peut mener à remplacer les technologies existantes par de plus anciennes, moins chères, et qu’on consomme plus d’énergie, si elle est à bon marché, avec des technologies grossières mais abordables, au lieu de technologies de pointes coûteuses en argent mais économes en énergie…Et on se retrouverait à consommer plus de ressources et d’énergie pour produire chaque unité de PIB. Ce qui peut faire que même avec une réduction du PIB, on aurait une « empreinte » environnementale plus grande.

 

Donc, pour conclure, les idées fondamentales de la décroissance ne sont pas valides logiquement, et leur concordance avec les faits est très incertaine. Et, pour les raisons que j’ai données, il se peut que ce soit la croissance économique qui soit écologique, et non la décroissance.

 

Dans quel modèle social se ferait la décroissance ?

 

De plus, ajoutons le côté social et humain de la décroissance. Si la régression de la production devait commencer immédiatement, que se passerait-il ? Est-ce que les activités de luxe disparaîtraient et que l’on se concentrerait sur les biens de base (par exemple, moins de parfums et de croisières, mais toujours du pain et des logements) ? D’après ce que l’on voit aux cours des récessions économiques, ce n’est pas le cas : les plus pauvres sont les plus frappés, les riches continuent d’avoir des consommations de luxe, tandis que la pénurie de l’essentiel s’accroît chez les pauvres. Si jamais on devait connaître la décroissance (parce que la limite des ressources serait venue plus vite que prévue, ou à cause d’une guerre ou catastrophe naturelle), il faut prévoir un système social qui permet à chacun de continuer à travailler, et d’avoir accès à l’essentiel, et d’orienter globalement la production. Pour l’instant, je connais peu les propositions de « nouveau modèle » des décroissants, mais je n’ai pas entendu parler de grand-chose à part une sorte de régulation du marché par l’imposition du partage du temps de travail (ce qui peut très bien ne pas marcher, désorganiser les entreprises et accélérer la récession, créer encore plus de chômage) ou par une planification de l’économie, système qui aurait toutes les chances d’accroître les gaspillages.

 

Notre système

 

Ce qui fait que l’esprit de notre programme économique, c’est de concilier une forte liberté d’action (pour créer une entreprise avec des crédits illimités sous condition de résultats), avec une possibilité rapide pour l’Etat d’inciter ou de désinciter certaines productions (par la distribution d’un revenu avec des coefficients selon le secteur de l’entreprise, ou par les barèmes imposés aux entreprises pour ne pas être dissoutes), et surtout, un revenu pour tous, favorisant le travail. L’Etat doit pouvoir donner des indications aux entreprises (du genre : faites ce que vous voulez, on ne planifie pas à votre place ce que vous ferez, mais polluez moins, et vous serez récompensés à l’avenir par nos coefficients) sans passer par un système lourd de taxations, d’interdictions et de subventions. En cas de récession forcée, dans notre économie, on peut pénaliser certaines productions, tout en ayant l’assurance que les travailleurs qui les abandonneront retrouveront illico une activité ailleurs. Et tout le monde conserve un revenu, et l’Etat peut favoriser certaines consommations sur d’autres, sans interdire aux particuliers et entreprises de trouver eux-mêmes des solutions pour économiser de l’énergie, des matériaux, du temps et de l’effort humain.

 

En bref : nous ne prenons pas parti d’annoncer la décroissance comme inéluctable, car nous n’en sommes pas sûr. Nous préférons un système qui recherche l’efficacité, qui permet d’orienter la croissance dans le sens qui convient le mieux à la collectivité et ses représentants, tout en restant souple et sécurisant pour chacun en cas de récession forcée.

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Published by Socialisme&Souveraineté - dans Propositions
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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 23:32

    Une vidéo faite à l'époque où François Hollande n'était pas le candidat "favori" du PS. Bien que la vidéo ne mentionne jamais la nécessité de garde-fous contre l'abus de création monétaire étatique (comme c'est malheureusement le cas avec la grande majorité des critiques de la "loi de 1973"). La vidéo montre bien l'inconsistance de l'élu corrézien et sa soumission à la concentration des pouvoirs au niveau européen, sa négation permanente de la souveraineté française.

 

 

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