Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 10:36

 

 Retrouvez-nous sur le site de l'ARSIN :

 

http://www.arsin.fr

 

Cet article s'inscrit dans la suite de la publication de nos propositions.

 

Réformer l'éducation : réinvestir dans un système véritablement évalué et responsabilisé

 

Constats

 

         Pendant des décennies, la massification de l’accès aux études secondaires (de la 6ème au bac) permettait de contrer l’idée « baisse de niveau », en rappelant que les populations d’élèves arrivant dans les collèges et lycées étaient bien plus vastes que les minorités (souvent aisées socialement) qui y étaient avant-guerre. Depuis les années 1990, et l’apparition d’enquêtes internationales comparatives (telles que PISA), le système scolaire français peut de plus en plus difficilement échapper à la reconnaissance de ses failles. Pour les élèves du secondaire, une baisse réelle de niveau en français est constatable depuis les années 1980, que ne contrebalancent pas les performances en mathématiques ni en sciences. Le test PISA publié en 2011 classe la France à un rang très moyen, inférieur même à celui des USA dont le système scolaire, avant l’université, est très décrié. Nous sommes en tout cas loin des niveaux sud-coréens ou, plus proches, finlandais. Des témoignages récurrents montrent l’abaissement du niveau d’exigence au baccalauréat, épreuve où les mentions sont devenues de plus en plus fréquentes (un tiers des bacheliers en avaient obtenu une en 2002, 45% en 2010).

 

         En plus de cela, l’école de la République ne peut même pas se consoler d’avoir un système égalitaire, bien que moyennement performant : les mêmes enquêtes PISA montrent que la France est un des pays où le système scolaire corrige le moins les inégalités initiales, et où l’origine sociale influencent le plus les performances finales. Bien que dévalué, le bac n’est toujours pas atteint par un tiers de chaque génération (même née dans les années 80), et entre 15 et 20% des élèves sortent sans aucun diplôme de leur cursus initial.

 

         Un autre constat sera celui de l’orientation souvent déplorable de nombre d’élèves après la seconde et le bac : des dizaines de milliers seront détournés vers des filières faussement « générales » (telle la filière ES) puis vers la faculté, pourtant elle-même parent pauvre de l’enseignement supérieur. Un nombre trop important d’étudiants ne font que retarder, consciemment ou non, leur entrée sur le marché du travail avec un bagage faible.

 

         Un dernier point est le coût du système éducatif français. Avec 5.7% du PIB consacré au financement public de l’éducation, la France se situe plutôt dans le haut du classement européen. Certes, sa jeunesse est un peu plus nombreuse, en proportion de sa population, que celle de ses voisins. Mais il faut encore compter que ce budget défavorise les facultés par rapport à l’enseignement pré-bac. Selon une étude de la fondation IFRAP, l’enseignement public coûterait 20% plus cher que l’enseignement privé, pour des résultats au moins comparables (et en rejetant l’argument selon lequel le privé réussirait en sélectionnant les élèves a priori, puisque l’évaluation des valeurs ajoutées – effets sur la progression des élèves – donne souvent l’avantage aux établissements privés).

 

Première proposition : autonomiser l’enseignement, passer au chèque scolaire

 

         La première idée sera d’inspiration libérale, mais sans aller jusqu’à la privatisation. Elle consiste tout simplement à ce que, dans chaque établissement, l’équipe enseignante et administrative devienne une organisation autonome, à laquelle l’Etat ou les collectivités territoriales prêtent les bâtiments et la gestion des coûts. Le recrutement et les changements de postes des enseignants sont libéralisés et facilités (on peut recruter les personnes que l’on veut à partir d’un niveau de formation jugé suffisant, le CAPES n’est plus obligatoire, et le ministère ne planifie plus la répartition des effectifs). Pendant ce temps, le budget public de l’éducation est reversé aux parents sous forme de chèque, d’un montant égal par enfant selon l’âge, qui permet à chacun d’inscrire son enfant dans l’établissement de son choix (les prix étant réglementés pour empêcher les familles les plus riches de se concentrer entre elles en payant plus cher). On n’aurait donc ni « écoles de pauvres » (puisque toutes les familles sont solvables », ni « écoles de riches » (car même si une école demandait des dessous de table lors des inscriptions pour faire un filtrage par l’argent, les familles peuvent porter plainte ou demander une enquête sur l’école en question). Tandis qu’à l’heure actuelle, la carte scolaire fait que même les établissements les plus médiocres conserveront un public d’élèves « captifs » tandis que les plus aisés contourneront cette carte (par le recours aux options, voire en louant des logements pour changer le lieu de résidence officiel de l’enfant).

 

 A charge pour chaque équipe enseignante de faire connaître ses résultats en termes de « valeur ajoutée scolaire » aux parents. Il en ira de même pour les universités publiques. Si le personnel d’un établissement ne parvient pas à équilibrer ses recettes et dépenses, l’autorité publique peut imposer le renouvellement de l’équipe, en licenciant ses responsables, en rabaissant les rémunérations des enseignants à un seuil minimum, poussant la plus grande partie du personnel à migrer vers d’autres établissements. Et lorsque d’autres responsables prennent les commandes de l’établissement en faillite, l’équipe enseignante est à nouveau libre de se verser les rémunérations voulues, dans la limite de ses recettes. A aucun moment, un propriétaire ou investisseur privé externe n’intervient ni ne peut posséder un établissement scolaire ou soutenir son personnel.

 

Les équipes enseignantes peuvent également s’associer pour demander aux collectivités territoriales la construction de nouveaux établissements, nouveaux établissements dont le personnel aura à charge de payer à la puissance publique (et aux établissements anciens ayant soutenu la création de la nouvelle structure) une caution prélevée sur leurs recettes. L’obligation de verser cette somme garantit de ce que cet investissement aura été judicieux puisque de nombreux élèves seront venus s’inscrire dans le nouveau site.

 

         L’intérêt de cette autonomie des établissements serait :

 

-                De permettre une véritable variété d’offre disponible pour les familles : des collèges, écoles et lycées pourraient décider de se convertir en structures spécialisées pour élèves souffrant de retards, ou au contraire précoces, ou handicapés, ou souhaitant des enseignements optionnels. L’Etat imposant toujours un cahier des charges en termes de programmes, et des modèles-types de filières après la troisième et la seconde (cf. la proposition de réforme des filières plus loin) ;

 

-                De mettre directement les établissements en comparaison, même si leurs (in)succès auront besoin d’examens récurrents, et surtout de maintenir des épreuves nationales telles que le baccalauréat.

 

Notons que suite à cette réforme, les établissements privés primaires et secondaires seront intégrés dans le système public. Seule la propriété des locaux restera privée, les enseignants restant autonomes, comme désormais ceux du public.

 

Deuxième proposition : réinvestir dans l’éducation

 

         Comme nous l’avions vu dans le chapitre sur le plafonnement des dépenses publiques, l’éducation fait partie des secteurs qui échappent à la réduction de son budget en % du PIB. Nous proposons le passage d’un effort public de 5,4% du PIB (cas de 2010) à 6% (chiffre en soi arbitraire, mais qui nous avancerait par rapport aux autres pays européens). Le gouvernement ne planifiera plus de dépenses, puisque ce budget sera distribué sous forme de chèques scolaires et universitaires. L’essentiel de la hausse du budget de l’éducation se portera sur les chèques universitaires, afin de relever les budgets des universités françaises aujourd’hui en déshérence, tout en incitant les étudiants à choisir les meilleures enseignes. Bien sûr, tout n’est pas qu’une question de budget global : les établissements scolaires et universitaires, ayant l’obligation d’équilibrer leurs comptes tout en offrant le meilleur enseignement possible, auront intérêt à réduire, non pas les salaires des enseignants (fort mauvais choix pour attirer du personnel qualifié) mais le nombre de postes administratifs, ainsi qu’à optimiser leurs achats.

 

Troisième proposition : Réformer les examens nationaux : davantage de tests, confier leur organisation à des étrangers

 

         Comme vu plus haut, le baccalauréat souffre de nombreuses critiques, et ressemble de plus en plus à une institution sclérosée et à bout de souffle. Nous ne pensons pas pour autant que la suppression d’un examen permettant de comparer tous les élèves de France et les établissements soit une bonne idée. Nous nous prononçons pour la réforme de l’organisation du baccalauréat : celle-ci serait confiée à un panel d’universitaires internationaux, engagés pour une période relativement longue (par exemple dix ans), et dont le traitement serait indépendant des résultats obtenus par les élèves. Les membres de ce panel auraient la charge de la rédaction des sujets et des consignes de notation, ainsi que d’enquêter sur leur respect. Le but est de retrouver un examen dont la préparation et le déroulement seraient indépendants des objectifs de politique intérieure, par des gens qui n’auraient pas à s’inquiéter d’annoncer un recul des taux d’obtentions du diplôme et des mentions. Et qui, de par leurs origines variées, seraient tentés de confronter les jeunes français à des niveaux d’exigence qu’on pourrait attendre d’eux dans la plupart des pays développés du monde.

 

         En parallèle à cela, et toujours conçus avec des universitaires de nationalités variées, des tests annuels pourraient être organisés au niveau de chaque département, sur des échantillons d’élèves sélectionnés par tirage au sort, issus de tous les niveaux d’enseignement de la fin du primaire à la seconde. Le but de ces tests seraient de pouvoir mesurer, au niveau local, la progression des acquis de chaque génération d’élève (les élèves de 5ème testés en l’an N dans le département D étant globalement les élèves de 6ème du même département en N-1). Et d’évaluer la « valeur ajoutée » de chaque département. Etant donné le libre choix des parents de leur établissement, ces résultats auraient surtout un intérêt informatif décisif.

 

Quatrième proposition : Réformer les filières d’enseignement au lycée, les regrouper et consolider

 

         Bien qu’autonomes quand aux méthodes d’enseignement, leurs ressources humaines, leurs achats et même une partie du contenu de leurs programmes, les lycées n’en auront pas moins l’obligation de proposer des filières s’inscrivant dans le canevas suivant.

 

Actuellement, après la troisième, l’enseignement se sépare entre le professionnel et le technologique et général ; après la seconde dite « technologique et générale », des filières de première et terminale « générales » (scientifique, littéraire et économico-social) et technologiques (technico-industrielle, sanitaire, agricole, des services...).

 

         Cette organisation pose problème à plusieurs titres. D’abord, le fait est qu’il n’y a quasiment qu’une seule filière qui puisse revendiquer le titre de « générale » : la filière scientifique. Dans le monde moderne, on ne peut pas sérieusement revendiquer avoir eu un enseignement sur toutes les disciplines décisives si l’on a arrêté d’apprendre les sciences expérimentales en seconde, et si l’on s’est amputé de l’apprentissage du raisonnement mathématique (l’enseignement mathématique de la filière ES – sans parler de la L – étant peu porté sur la démonstration). Les filières ES et L ne peuvent être sérieusement considérées comme « générales ». En même temps, la filière S ne peut l’être totalement vue comme « générale » car elle ne dispense pas l’enseignement des notions de base de l’économie et de la sociologie, qui est le seul – et bien loin de compenser l’absence de sciences – avantage de la filière ES.

 

         Inversement, nombre de lycéens s’embarquent vers ces filières « générales », croyant, avec les filières ES ou L, faire partie des meilleurs, même avec des résultats moyens dans leur filière. Et ils vont ensuite s’enferrer dans une autre « voie royale », en faculté, en prenant des filières de sciences humaines, voire de droit, où le taux d’échec sera élevé. Ces lycéens auraient en fait sans doute gagné à choisir un enseignement technologique qui leur aurait permis une entrée efficace sur le marché du travail.

 

         Nous proposerons donc :

 

-                L’intégration d’une matière d’initiation aux bases de l’économie et de la sociologie dans toutes les filières. Il est de toute façon absurde de penser que deux années de filière ES formeront des gens avertis sur des sujets aussi vastes, et inversement, s’il est nécessaire que tous les citoyens sortent de l’analphabétisme économique, il serait absurde de réserver cet enseignement à une seule filière ;

 

-                De remplacer les trois filières « générales » par :

 

o       Une grande filière scientifique, conservant le niveau d’enseignement mathématique et de sciences expérimentales de l’actuelle filière S, plus une option « économie » alternative aux options « sciences de l’ingénieur » et « sciences de la vie et de la Terre » proposées actuellement en Terminale. Afin de cesser la démagogie, et qu’il n’y ait plus de bons élèves s’égarant par paresse dans les filières autres que la scientifique pour regretter ensuite de s’être fermé des portes inutilement, cette filière scientifique, devenue enfin générale, sera officiellement considérée comme la filière d’excellence, sans équivalent ;

 

o       Une filière alternative, dite « littéraire et sociale », où ne seraient acceptés que les lycéens qui apparaissent réellement incapables de poursuivre l’enseignement mathématique et scientifique après la seconde, et qui serait une filière littéraire accrue par un enseignement littéral des faits économiques. A l’enseignement « classique » de l’Histoire, serait ajouté une matière d’Histoire Economique et Sociale, intégrant la formation aux notions de bases de l’économie, mais sans le développement mathématique des théories (de toute façon peu vu en filière ES aujourd’hui). Les élèves de cette filière, outre les études de lettres, seraient donc favorisés pour l’entrée dans les sciences humaines. Et  au cas où ils se décideraient, après le baccalauréat, à intégrer un cursus d’économie ou d’administration, ils pourraient passer par une année de renforcement en mathématiques appliquées, notamment en statistiques, avant d’intégrer un cursus de faculté. Ainsi, un bachelier « littéraire et social » regrettant d’avoir (presque) totalement abandonné les mathématiques après la seconde pourrait corriger cela en un an, et non en refaisant ses deux dernières années de lycée ;

 

-                Les filières technologiques seraient maintenues. Mais pour les lycéens qui auraient peur de se spécialiser trop tôt, tout en se sentant trop faibles pour affronter l’une des deux filières précédentes, une filière technologique spéciale, dite « polyvalente » serait créée, qui leur donnerait l’essentiel du tronc commun culturel dispensé dans toutes les filières technologiques (français, histoire-géographie, langues étrangères, mathématiques essentielles, philosophie), ainsi que plusieurs matières au choix relevant de différentes voies technologiques. Par exemple, en plus du tronc commun, un élève pourrait choisir un début d’enseignement de la mécanique, et les bases de la comptabilité. Le but serait qu’après le baccalauréat, l’élève décide de se spécialiser en un an dans une des voies technologiques, en n’ayant plus que les matières spécifiques à cette voie à approfondir à plein temps. Et ensuite de partir sur un BTS, voire IUT, une formation en 3 ou 4 ans après le baccalauréat. Et, au cas où le bachelier devenu adulte déciderait de changer de voie dans une reprise d’études, qu’il puisse refaire sa spécialisation en un an plutôt que de refaire une première et une terminale avant de nouvelles études supérieures.

 

 

Cinquième proposition : un véritable service de l’orientation

 

         Les enseignants n’ont souvent qu’un pouvoir limité pour orienter efficacement les élèves dont ils ont la charge, parce qu’ils se retrouvent eux-mêmes peu dans la variété des formations supérieures, et dans certains cas, faute d’intérêt. On peut dire la même chose des conseillers d’orientation, de toute façon peu nombreux, et que les élèves ne consultent que lorsqu’ils ont conscience d’être en difficulté, conscience qui ne leur vient pas toujours à temps.

 

         Une fraction du chèque éducation versé aux parents de chaque élève doit être destinée à l’achat d’un service d’orientation. Chaque équipe enseignante, ou même des professionnels libéraux, peuvent proposer aux parents un service consistant à étudier les capacités de leur(s) enfant(s), à leur présenter les formations envisageables, les meilleurs établissements ou la façon de les rechercher. Les parents et les conseillers sont libres d’organiser leur échanger et notamment la façon dont sera rémunéré le conseiller. A un détail près : l’Etat impose qu’au moins une partie du chèque versé par la famille puisse n’être transmis au conseiller que plusieurs années plus tard, lors de la fin des études, et avec un droit de veto (dont les conditions seront librement négociables entre parents et conseillers) de la part de l’élève devenu majeur. Cette contrainte a pour but d’obliger les parents comme les conseillers à prendre en compte le fait que les goûts de leur(s) enfant(s) sont susceptibles d’évoluer dans le temps, et que le collégien qui semble certain de se diriger dans une voie puisse avoir totalement changé d’avis deux ou trois ans plus tard. Le conseiller ne pourrait donc engager l’enfant dans une voie qui lui fermerait des portes sans retour possible, en ne se référant qu’au desideratas immédiats de ses clients.

 

 



Partager cet article

Repost 0
Published by Socialisme&Souveraineté - dans Propositions
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Pour le Socialisme et l'Indépendance Nationale
  • Pour le Socialisme et l'Indépendance Nationale
  • : Vous voulez adhérer à notre organisation, nous poser des questions, nous donner des conseils pour l'amélioration du blog, faire connaissance autour d'un pot virtuel, nous insulter,...... Vous voulez nous aider à la rédaction d'articles ou vous avez des idées de sujets que nous pourrions aborder ? Alors n'hésitez pas à nous contacter à l'adresse suivante : socialismesouverainete@yahoo.fr
  • Contact

Recherche

Socialisme & Souveraineté

Rejoignez Socialisme&Souveraineté

socialismesouverainete@yahoo.fr

Avertissement

Socialisme et Souveraineté est une organisation créée le 11 Novembre 2009. Les articles publiés avant cette date sont conservés à titre d'archives, mais ne réflètent pas nécessairement la ligne du mouvement. Toute remarque courtoisement exposée sera bienvenue.

Joins la Dissidence !

Notre petit bonhomme de chemin

Wikio - Top des blogs - Politique