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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 21:15

 

       http://img175.imageshack.us/img175/2305/autocollantgrvenouv.png

 

        A partir d’aujourd’hui, Socialisme & Souveraineté a commencé à diffuser cet autocollant en Ile-de-France. Son principe est de transmettre un désaccord au sujet du mode de mobilisation mis en œuvre par les syndicats au cours du mois. La France, et plus spécifiquement la région parisienne, est déjà habituée aux mouvements de grève dans les transports publics. La mobilisation est montée d’un cran avec le blocage des raffineries.


         Nombreux sont ceux qui s’en réjouissent. Qui estiment, par ailleurs, être la majorité des français (ce qui est discutable, nous le verrons plus bas). Ces blocages ont un effet délétère sur l’économie nationale, qu’on l’impute aux syndicats ou à la rigidité du gouvernement. Certains prétendent que les blocages n’auraient pas d’impact sur l’économie (quel est leur intérêt alors ?), en prenant Décembre 1995 pour référence (en oubliant qu’il n’y avait pas de blocage de l’essence à ce moment là). Tôt ou tard, le blocage des raffineries, s’il se maintient face à la volonté du gouvernement de bloquer les dépôts, poussera la France vers une situation critique qui débouchera :


- soit sur un retournement d’opinion et la fin du mouvement social ;

- soit sur une résignation du gouvernement qui, ne pouvant plus négocier un texte déjà voté, va devoir abroger son texte.



L’auteur de ce texte ne cache pas que la première issue lui semble plus probable que la seconde.


Qu’est-ce qui pose problème dans cette mobilisation passant par le blocage de l’économie ?


              D’abord, les pertes en emplois et en production, alors que nous sommes toujours en crise (et ce que celle-ci peut repartir de plus belle avec l’arrivée des conséquences du Foreclosure Gate).


                Ensuite, le fait que, quoi que disent les partisans du blocage et les sondages sur lesquels ils s’appuient, c’est bien une minorité de la population qui décide de ces opérations. Le fait que des manifestants viennent rejoindre les piquets de grève devant les raffineries et dépôts d’essence ne change rien à ce constat, pas plus que les dons transmis aux caisses de solidarité des grévistes. Il y a environ 15 000 conducteurs de trains SNCF. Les salariés des raffineries sont également quelques milliers. Ces professions et leurs unions syndicales n’ont de toute façon pas consulté la population avant de lancer un mouvement de blocus qui concerne tout le monde, bien plus qu’une grève dans une entreprise standard, ou que le blocage d’un lycée ou campus.


                En dernier lieu, c’est la revendication qui est faite qui n’est pas satisfaisante. Si c’était un référendum sur la question des retraites qui était exigé, cette mobilisation serait démocratique, même si la méthode n’est pas idéale. Or, le référendum, ce n’est pas ce que demande la CGT, comme nous l’avions indiqué dans le cas de Bernard Thibault.


Que disent les sondages ?


                Les pro-blocages ne retiennent qu’un seul chiffre : 70% des français soutiennent le mouvement ! …En oubliant que les sondages 1) ne sont pas des votes et n’en ont pas la légitimité, 2) que les sondeurs posent plusieurs questions. Ainsi, cette semaine, un sondage BVA montrait que 69% des français soutenaient la mobilisation, mais pour ce qui était de la grève des transports en communs, le pourcentage n’était plus que de  52%, et pour le blocage des raffineries, de 46% ! Quant à ceux qui veulent le retrait complet de la réforme Woerth, ils sont moins de 50% ! Conclusion : l’opinion des français est plus complexe qu’on veut bien le croire. Au lieu du « 2 contre 1 » réclamé par les pro-blocages, s’imaginant que les deux tiers du pays sont absolument hostiles au projet de loi et favorables à toutes les formes de grèves et de blocages, la réalité est plutôt : 45% d’adversaires résolus du projet de loi et partisans du blocage de l’économie, 20 à 25% de gens qui pensent que le gouvernement devrait renégocier le projet avec les syndicats et ne soutiennent pas les blocages, et 30% de gens qui soutiennent le projet tel qu’il est et l’attitude du gouvernement.


Est-ce la seule façon de lutter ?


                Dans un reportage en pleine manifestation parisienne, Olivier Besancenot disait que « s’il y avait une autre méthode [que le blocage général du pays] », il voudrait bien l’essayer, mais il lui semble qu’il n’y en a pas. En est-ce si sûr ?


                Nous proposons à ce cher Olivier deux méthodes.


La grève des impôts


                Imaginez une France parallèle. Face au refus du gouvernement de renégocier ou de retirer son projet , aucune grève n’éclate au sens classique du terme, tous les trains circulent, l’essence coule à flots…Mais plusieurs centaines de milliers de personnes décident de ne pas payer leurs impôts. Ca tombait bien, pendant l’été, c’était l’IRPP qu’il fallait payer, puis en Octobre-Novembre, les impôts fonciers et locaux. Et de sérieux trous dans les recettes publiques, alors que l’Etat a déjà prévu un déficit de 150 milliards d’euros en 2010…

                Ne pas payer ses impôts ? Mais c’est illégal, ma foi ! Peut-être… Mais que va-t-il se passer ? Croyez-vous que les 100 000 policiers nationaux vont aller chercher et enfermer ces centaines de milliers de mauvais contribuables, qui pourraient être en fait des millions ? Et où les enfermeraient-ils, alors que les 56 000 places des établissements pénitentiaires français sont déjà occupées par 61 000 détenus ?


            Et aux grévistes qui craignent l’illégalité…Où sont donc passées vos ardeurs révolutionnaires ?


                Bien sûr, on voit les objections, surtout venant de la gauche. Une grève des impôts, ce serait une grève de riches …en réalité, vu que des millions de foyers paient l’IRPP et plus encore les impôts locaux, ce mode de grève serait en fait bien plus participatif et accessible que le blocage des trains, des raffineries et des dépôts d’essence. Et on n’aurait même pas besoin de sortir de chez soi pour la pratiquer.


                Les économistes objecteront que l’IRPP et les impôts fonciers et locaux sont minoritaires au sein des recettes des administrations, dont la moitié est (en excluant les cotisations sociales) due à la TVA. Qu’à cela ne tienne : alors les 2,3 millions d’entreprises françaises, parmi lesquelles plusieurs centaines de milliers de PME et de petits commerçants, soutenus par leurs millions de salariés, peuvent entrer dans la bataille en décidant de ne plus verser la TVA. Sans parler du versement des cotisations à l'URSSAF...


                Ensuite, on doit bien sûr tenir compte de ce qu’une telle grève mettrait en péril les comptes publics, et donc le financement des services publics. Mais le principe, qui nécessiterait un plus haut niveau d’organisation syndicale et des contribuables, serait non pas de garder pour soi l’argent des impôts non versés, mais de le confier à une caisse de grève, et de ne les verser à l’Etat qu’après la fin du conflit (quelque soit l'issue), chaque gréviste pouvant décider à tout moment de donner l’ordre à la caisse de reverser son chèque au Trésor Public.  Tout refus de paiement d'impôt ne passant pas par une caisse de grève sera assimilé à une fraude fiscale pure et simple.


                Cette grève serait ainsi réellement une grève populaire, d’une ampleur bien supérieure à ce que nous avons avec les blocages, bien plus participative, et elle n’empêcherait pas l’économie de tourner. L’Etat à court de liquidité pourrait théoriquement décider de ne plus verser les salaires des fonctionnaires, mais ce serait un véritable suicide gouvernemental…


                Alors, me direz-vous, le risque de ce genre de grève serait qu’elle se produise tout le temps, et dévaste en moins de deux les comptes publics, et donc tout notre système social ! Pas forcément. On pourrait très bien légaliser cette grève des impôts (puisque de toute façon elle serait impossible à réprimer), à quelques conditions précises. Que des syndicats (de contribuables et d’usagers, ce qui n’existe pas vraiment en France, mais devrait exister) déposent un préavis de grève, organisent une caisse de grève, et annoncent clairement leurs revendications.  Et ces revendications devraient passer systématiquement par une demande de référendum, sans quoi la méthode serait effectivement peu démocratique (mais toujours plus que des blocages de trains et de raffineries), puisque les contribuables riches pèseraient toujours plus que les autres.

               

                Ensuite, comme toute grève, les deux camps (salariés et employeurs, ou ici contribuables et Etat) doivent avoir leurs armes. L'arme des contribuables est évidente, même si, à long terme, en obligeant l'Etat à s'endetter pour assumer les dépenses courantes, ils s'obligeront à payer les intérêts de cette dette dans le futur. L'Etat, de son côté, a une arme connue: majorer les impôts des contribuables grévistes. Ainsi, plus la grève durera, plus les impôts à verser seront augmentés. Les contribuables ne peuvent donc faire durer la grève indéfiniment. Au final, c'est l'ampleur et l'intensité de la grève qui déterminera l'issue: face à une grève massive, l'Etat sera rapidement conduit à céder à la demande de référendum des contribuables, sauf à assumer la responsabilité d'un endettement majeur et la sanction à venir des contribuables-électeurs. Si la grève est peu suivie, l'Etat tiendra en s'endettant, mais récupèrera plus que son dû en majorant les impôts des grévistes, qui finiront par renoncer à leur mouvement.


Deuxième méthode : la grève des tarifications


                C’est une revendication que l’on entend depuis longtemps, concernant les grèves de transport, qu’est la grève du contrôle ou de la tarification. Le principe est tout simple : pendant toute la durée du conflit, les contrôleurs ne contrôlent plus, l’usager voyage gratuitement. Tout le monde est content, sauf l’entreprise de transport (la SNCF le plus souvent). Certes, pendant ce temps, l’entreprise ne va pas payer les salaires d’une partie du personnel, mais la partie peut durer sans que la population n’en souffre.


                Alors pourquoi cela ne se fait pas ?


                Premier argument entendu : parce que ce serait illégal. Comme vu plus haut, voilà un argument de révolutionnaire aguerri…Rappelons que jusqu’à 1864, les grèves tout court n’étaient pas légales, et que la législation peut changer.


                Deuxième argument : parce que les usagers, surtout en région parisienne, mais aussi fréquemment dans d’autres agglomérations, prennent des forfaits, des pass, qui font qu’ils ont de toute façon déjà payé leur usage du réseau de transport, grève de la tarification ou pas. Cet argument ne vaut réellement que pour les usagers qui prennent des forfaits annuels. Pour ceux qui prennent des billets à l’unité, ou à la semaine, il ne vaut pas du tout. Même si la grève dure deux semaines (ce qui fait déjà un demi-mois de salaire perdu pour les grévistes), pour les usagers qui prennent habituellement un forfait mensuel, l’intérêt de ne pas prendre de forfait pour le mois à venir (à condition que la grève soit annoncée au public au mois précédent) est déjà plus fort. Le risque d’être contrôlé et soumis à l’amende est divisé par deux, l’espérance de gain de la fraude est augmentée.


               Troisième argument : dans le métro parisien, ce sont des portiques automatiques qui font le contrôle des billets ou cartes de transport. C’est le cas en effet sur le réseau RATP (mais peu sur le réseau SNCF). Et les robots n’ont pas pour habitude de faire grève. Dans ce cas, l’avancée serait le droit, pour les salariés, s’ils votent majoritairement la grève, de pouvoir désactiver et débloquer les portiques. La législation devrait bien sûr être modifiée. Et il ne serait pas certain que l’obligation pour les grévistes d’être majoritaires pour faire ce genre de grève plaise à tous les syndicalistes.


             Quatrième argument : pour que cette grève marche, il faudrait qu’elle soit plus étirée dans le temps qu’une grève classique. Et cela fait donc plus de salaires perdus. On peut y répondre dans un premier temps que cet argument révèle que les grévistes préféreraient faire perdre de l’argent (et des emplois) au reste de la société plutôt qu’à eux-mêmes, en faisant une grève des transports plutôt qu’une grève de la tarification. L’autre réponse est que, légalement, l’entreprise de transport ne peut retirer leurs salaires qu’à la profession gréviste, c’est-à-dire les contrôleurs, qui peuvent toujours être soutenus par la solidarité des autres professions de l’entreprises (conducteurs, agents de quais, guichetiers, personnels techniques…) et du public, surtout dans le cadre d’un mouvement national comme celui contre la réforme des retraites. S’il n’y a pas de solidarité, alors il faudra se poser des questions sur la popularité du mouvement…


           Le débat pourrait continuer longtemps. On pourrait aussi parler du risque en termes de sécurité des passagers que représenterait une forte affluence dans les transports publics s’ils n’étaient temporairement plus payants, risque qui reste une hypothèse.


Mais, question finale : pourquoi les syndicats ne militent-ils pas pour l’instauration de ces modes de grève, s’ils étaient si efficaces (et ils le seraient sans doute ?).


      

      La réponse est simple : parce que ces méthodes obligeraient à convier un grand nombre de travailleurs, de contribuables, d’usagers, dans une action solidaire et de longue durée. Bloquer des trains, des raffineries et des dépôts d’essence avec quelques milliers de personnes travaillant dans des secteurs où la syndicalisation est restée forte, c’est beaucoup plus simple. Et plus court à préparer.


       Ce n’est qu’une explication, même si c’est sans doute la plus cruciale. D’autres explications sont aussi valables : la grève des impôts se pratiquerait avant tout contre un gouvernement, alors que le syndicalisme est à la base destiné à gérer les relations entre salariés et employeurs. Mais cette explication est partielle, puisqu’il existe des syndicats d’entrepreneurs, et des syndicats dans la fonction publique.

 

Pablito Waal

(socialismesouveraineteidf@yahoo.fr)

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Published by Socialisme&Souveraineté - dans National
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PhilippeB 25/10/2010 10:56



Et la grève des prélèvements automatiques? Toutes ces factures (EDF, France Telecom...) qui sont prélevées directement chaque mois sur nos comptes en banque: les supprimer et ne payer que sur
facture, si possible après 1 ou 2 rappels. La trésorerie des grands groupes en sera affectée et le pouvoir reviendra entre les mains du consommateur!


 


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