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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 23:11

   Robert Ménard, ancien président de Reporters sans Frontières, ne fait pas vraiment partie de nos amis. Lorsqu’il dirigeait l’association censée défendre la liberté de la presse, la grande mortalité des journalistes en Colombie le préoccupait moins que le sort de plus ou moins journalistes à Cuba, où les journalistes ne mourraient pas.

   C’est pourtant sur cette question de la mort que Ménard s’est fait à nouveau remarquer. Commentant le procès de l’assassin d’Anne-Lorraine Schmitt, tuée en Novembre 2007 par Thierry Devé-Oglou, Ménard a regretté l’abolition de la peine de mort. Avant de se faire corriger par Julian Bugier, qui martèle que « rien ne justifie d’ôter la vie ».  Sur Le Post, des commentateurs regrettent que le débat de la peine de mort puisse encore être abordé, que son abolition ne soit pas considérée comme un acquis irréversible de civilisation.

   A Socialisme et Souveraineté, il n’y a pas de position officielle sur la peine de mort. Avant la création de l’organisation, des articles et des commentaires en avaient traité. Mais si cette question n’est pas réglée, c’est bien parce ce sujet fait pour nous toujours débat, contrairement à ce que souhaiteraient les abolitionnistes convaincus.


   Ceux-ci avancent plusieurs arguments qu’ils considèrent bien sûr imparables :

-          On (qu’il s’agisse d’un individu seul ou de la société) n’a jamais le droit d’ôter la vie de quelqu’un d’autre ;

-          Tuer nous rabaisse au niveau du criminel ;

-          La peine de mort n’est pas dissuasive contre les homicides ;

-          Il y a trop de risque d’erreurs, et une exécution infondée serait sans retour ;

-          La peine de mort coûte cher.

 

   Hormis le dernier argument qui est aisément parable (l’auteur de ces lignes ne comprends d’ailleur toujours pas pourquoi les USA se fatiguent en exécutions par injection létale quand une décharge de fusil suffirait), les autres arguments sont tous insatisfaisants et faillibles. L’argument exposant l’impossibilité d’attenter à la vie d’autrui est faux : ce qui est moralement acceptable en fait, c’est que l’on peut (et même doit) supprimer la vie de quelqu’un si cela est le seul moyen de sauver un plus grand nombre de vies. Ne jamais tuer qui que ce soit n'est donc pas le véritable objectif, car rarement atteignable en réalité : ce qui compte, c'est le salut du plus grand nombre possible de vies.

   Mais quel rapport entre la peine de mort et la sauvegarde de vies humaines ? Et bien c’est justement la question de la dissuasion qui est cruciale. C’est même la question cruciale de ce sujet. Pour les abolitionnistes, la cause est entendue : la peine de mort n’est pas dissuasive. Amnesty International le clame en se basant sur des comparaisons statistiques douteuses : il y a plus d’homicides dans les états américains qui pratiquent la peine de mort que dans ceux qui l’ont supprimée, donc cela prouverait a minima que la peine de mort n’est pas dissuasive. Ce qui n’est pas valide en soi, puisque les homicides sont des phénomènes liés à plusieurs influences (des facteurs sociaux, économiques, l’extension de fléaux tels que l’addiction à des drogues dures, etc…). D'autant qu'il ne suffit pas de dire qu'un état applique la peine de mort, mais il faut préciser à quelle intensité il l'applique ! Regarder le taux global des homicides sans chercher à distinguer l’influence d’autres facteurs n’est pas valide. C’est raisonner comme si l’on voyait un excellent athlète gravir une pente abrupte dans le sens de la montée, et un coureur médiocre descendre cette même pente, et se baser sur leur vitesse brute pour en déduire leurs performances : l’athlète médiocre paraîtrait bien meilleur que l’autre !

  La plupart des criminologues ne semblent pas convaincus par le caractère dissuasif de la peine capitale, comme l’a révélé une enquête de 2009. Mais l’avis d’experts ne vaut que s’il est appuyé par des chiffres.

   Et là, on s’aperçoit que le débat existe toujours. Ainsi, aux USA, ont été publiées nombre d’études sur l’effet de la peine de mort sur les homicides. Etudes qui concluent à un effet dissuasif net. Des controverses se sont poursuivies sur ces études, leurs méthodes et leurs sources.

   Il ne sera pas de notre portée de décider si l’effet dissuasif existe ou non. Juste de rappeler que la soi-disant évidence sur le caractère non-dissuasif de la peine de mort n’est pas si évidente que cela. Et que cette question ne sera jamais réglée. Pourquoi ? Parce que savoir si la peine de mort est dissuasive ou pas est un constat relevant des sciences humaines. C’est donc un constat susceptible d’évoluer. Il se peut que la peine capitale dissuade les meurtres à une époque et pas une autre, dans un pays et pas un autre. On n’est pas dans le domaine des vérités mathématiques et logiques, démontrables une fois pour toutes et intemporelles.

   Et si la peine de mort s’avérait dissuasive, qu’est-ce que cela changerait ? Et bien cela ferait s’effondrer les autres arguments abolitionnistes. Le risque d’erreur en cas d’exécution serait à contrebalancer avec le risque de voir des homicides en plus si on n’exécute pas d’assassins par peur d’erreur judiciaire. Et le « tuer nous rabaisse au niveau du criminel » serait alors facilement parable : si la peine de mort apparait comme un moyen efficace d’éviter des homicides, et si on n’en a pas d’autres (car il est en général difficile d’influer sur les homicides), alors on aura un clivage moral net entre l’assassin et la société qui l’exécute : l’assassin tue gratuitement, ou du moins sans le faire pour sauver quelqu’un d’autre, la société tue pour éviter d’autres morts, d’innocents cette fois-ci.

   Et dans ces conditions, il deviendrait réellement difficile d’être sûr et certain de la nécessité d’abolir la peine de mort, si l’on pouvait se faire reprocher d’encourager l’homicide.

    Pour ces raisons, les membres de Socialisme & Souveraineté considèrent qu’on ne peut être dans l’absolu opposé à la peine capitale, en tous lieux et temps, que le débat aura toujours cours, et que c’est à la recherche criminologique qu’il appartient de fournir les éléments décisifs qui fonderont notre position…jusqu’à ce que ces résultats de recherche soient à leur tour discutés. A l'heure actuelle, les travaux prouvant une réelle diminution des homicides par l'application de la peine de mort ne faisant pas l'objet d'un consensus scientifique, nous ne soutenons pas son rétablissement. Mais ce n'est pas une position éternelle.

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commentaires

Florent 25/12/2010 21:21



"l’assassin tue gratuitement, ou du moins sans le faire pour sauver quelqu’un d’autre, la société tue pour éviter d’autres morts, d’innocents cette
fois-ci."

La prison à vie étant possible, la société ne tue jamais pour éviter d'autre mort, mais pour venger les proches de la victimes.

Hors, la justice n'est pas la vengeance, point barre. Abolir la peine de mort, c'est extraire une bonne fois pour toute du droit pénal le stade de la moralité chrétienne (qui fut un progrès
pendant un temps), soit "l'oeil pour oeil, dent pour dent".

La justice qui a entre les mains des êtres humains les mains couvertes de sang, à mon sens, doit avoir deux optiques successives :


- La première c'est la réinsertion (car pour chaque assassinat, il y a une cause différente de cet acte, l'assassin ne tue jamais gratuitement, c'est faux).

- La seconde, si la première optique échoue, soit qu'aucune réinsertion n'est possible, est alors la protection de la société et l'utilité sociale de l'individu (bridée par les droits de l'homme,
c'est à dire qu'on ne parle pas de travaux forcés), s'étant mis au ban de la communauté nationale volontairement (terroriste, anarchistes, etc) ou involontairement (psychotiques, malades
mentaux), soit concrétement la prison à vie, tout simplement.


Pour moi les choses sont claires.



Socialisme&Souveraineté 26/12/2010 10:31



"La prison à vie étant possible"


Je crains que tu n'aies pas saisi le propos de l'article : il est question de la disuassion exercée par la peine de mort en elle-même, donc de savoir si la peine de mort dissuaderait les
homicides davantage que la prison à vie. Si cette dissuasion existe (et c'est là l'inconnue que l'article ne peut dévoiler), alors la peine de mort peut se justifier rationnellement - et non par
vengeance- pour protéger des victimes.


Ensuite, tous les chrétiens ne sont pas partisans de la peine de mort, me semble-t-il: l'Eglise catholique y est opposée.


Et même si je ne les aime pas vraiment, les anarchistes ne sont pas en soi des terroristes !



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