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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 22:06

 

 

 

 

Dimanche dernier, François Fillon intervenait sur TF1 pour réaffirmer la position du gouvernement  sur son projet de retraites.

Il s’est tout de suite engouffré dans un appel du pied assez grossier à la CFDT, qui avait accepté la réforme de 2003 portant le nombre d’annuités de 37.5 à 40 ans pour le secteur public, et programmant l’allongement à 41 puis 42 annuités pour les salariés en général.

 


            Mais ce n’était qu’un hors-d’œuvre : « suspendre le débat », ce serait « suspendre les retraites » ! Odieuse insinuation. Certes, à l’heure actuelle, les caisses d’assurance-vieillesse sont en déficit. Mais ce n’est pas une raison pour reprendre un tour de passe-passe que Fillon avait déjà utilisé en 2003, à savoir que sans réforme, il n’y aurait bientôt « plus de retraites ». Prenons le cas le plus pessimiste : on décide de maintenir le même niveau de prélèvements pour les retraites (13% du PIB français en 2010), et de le maintenir jusqu’en 2050, quand les retraités seront devenus moitié plus nombreux (et la population française aura peu augmenté en revanche). Entre temps, même avec une croissance inférieure à 2%, le revenu (PIB) de la France aura doublé entre 2010 et 2050, et ce en décomptant l’inflation. On devra donc payer moitié plus de retraites (x 1,5), avec une fraction identique d’un PIB deux fois supérieur (x 2)… Ce qui ferait malgré tout des retraites supérieures d’un tiers (2/1.5 =4/3).

 

Certes, une telle solution reviendrait à baisser le taux de remplacement de l’ancien salaire, donc à baisser (relativement) les pensions. C’est ce que tout le monde (officiellement) cherche à éviter. Et c’est parce que l’on veut maintenir un certain niveau de remplacement qu’un déficit se creuse. Mais personne ne peut dire, sauf effondrement général de l’économie, qu’il n’y aura plus de retraites sans réforme. Fillon le sait, mais il n’hésite pas à agiter l’épouvantail de la fin des retraites.

 

Dans la question que Claire Chazal lui pose ensuite sur les propositions de l’opposition, on ne pourra pas dire que les médias ne citent pas les alternatives à la réforme Woerth-Fillon. Le premier ministre évoque le fait que la taxation des revenus du capital au même niveau que les revenus du travail ne suffirait pas en soit à financer les retraites. Ce en quoi il a raison. Par exemple, les dividendes sont déjà, en vertu de l’imposition sur les sociétés, taxées à 33%, et les dividendes perçus par les ménages représentent environ 4% du PIB. Sans compter en sus l’impôt sur le revenu. Les taxer au même niveau que la masse salariale (qui part à 45% en cotisations patronales ou salariales) ne permettrait pas de combler les 2,5% de PIB qui manqueraient au financement des retraites d’ici à 2050. Et il est inutile de faire appel aux valeurs abstraites et sans liens avec l'économie réelle qui circulent dans la sphère financière.

 

L’extrait de l’intervention de François Chérèque illustre bien l’injustice de la réforme (et il fallait qu’elle soit grosse pour qu’un secrétaire de la CFDT la dénonce) : celui qui commencera plus tôt paiera plus. Mais Fillon reprend plutôt bien la balle en répondant que, peu importe le fait que l’âge légal du départ en retraite soit à 60 ou 62 ans, celui qui commence à travailler à 18 ans aurait toujours plus d’annuités à faire que celui qui commence à 25. Il tente ensuite de tourner à son profit l’idée même du système de retraite par répartition en affirmant que si l’on accordait la retraite à tous ceux qui atteignent un nombre donné d’annuités (37,5, 40, 42…), on aurait alors un système « individualisé » , plus proche de la capitalisation ! On est dans le sophisme complet. La répartition, c’est un système où les retraites payées dans l’année alimentent directement les retraités de l’année, sans passer par un fond d’épargne. Accorder le droit à la retraite dès qu’un nombre donné d’annuités a été atteint, ce qui serait une justice évidente pour ceux qui ont commencé à travailler tôt, donc probablement avec des études courtes, des emplois mal payés et souvent physiquement éreintants, ça ne serait en rien « individualiser » les retraites, et encore moins les « capitaliser » !

 

La réaction de Fillon est cependant pertinente lorsqu’il précise que cette fixation sur l’âge du départ en retraite plutôt que le nombre d’annuités est en soit source d’injustice, et que les gouvernements de gauche n’y ont rien vu à redire. Il oublie cependant, lorsqu’il parle des métiers « pénibles » sur lesquels le gouvernement prétend faire des « concessions », que seules quelques dizaines de milliers de personnes seraient concernées...On aimerait avoir la même vision idyllique du travail que M. Fillon…

 

Il termine sa prestation en énonçant la nécessité de diminuer les dépenses publiques. Cela peut se concevoir dans un contexte de crise où le déficit public (et avant même le paiement des intérêts de la dette publique) obligent à resserrer les comptes (surtout quand on sait depuis 1975 et 1982 ce que donnent les plans de relance à l'échelle d'un seul pays...).


Mais Fillon parle ici d'une situation de court terme. La question des retraites porte sur des décennies à venir. Si des économies sont faites sur certains volets de la dépense publique (l'administration étatique par exemple), et que les recettes fiscales se redressent avec la sortie de crise, alors pourquoi ne pas envisager la hausse des prélèvements sociaux pour financer les retraites? Cela permettrait alors à ceux qui atteignent leurs quarante annuités de cesser le travail, même avant 60 ans, ce que leur refuse François Fillon...

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