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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 23:07

 

  Retrouvez-nous sur le site de l'ARSIN : http://www.arsin.fr

 

 

 Dans cette suite de la critique de "Comprendre l'Empire"

 d'Alain Soral (Editions Blanche), après la question du "roman national" français, voyons les conceptions économiques du président d'Egalité & Réconciliation.

 

La Banque

                Admirons d’abord sa théorie de la monnaie. Il commence par l’économie archaïque du don et du contre-don, avant l’apparition de la monnaie.

« Des échanges qui s’amplifient et se généralisent et qui, après la première phase de troc, amènent nécessairement l’idée pratique d’un moyen abstrait et polyvalent d’échange généralisé : la monnaie.

Et qui dit monnaie dit argent : idée d’accumulation qui peut, dès lors, sur un champ social lui-même modifié et déspiritualisé par ce processus, venir concurrencer le prestige du don et finir, fatalement, par le remplacer. » (page 41)

Soral oublie juste que : 1) entre l’apparition de la monnaie, qui date de l’Antiquité, et l’accumulation primitive de Capital, qui progresse lentement au cours du Moyen-Age et n’accélère réellement qu’avec la Révolution Industrielle, il se passe plusieurs millénaires ; 2) qu’il n’y a d’accumulation possible que lorsque le niveau technologique permet de dégager des surplus. Mais évoquer l’effet de la technique comme élément déclencheur du changement de système économique (de la féodalité au capitalisme) n’est sans doute pas assez complotique pour notre auteur. Lui préfère, après quelques passages sur la bourgeoisie, arrivée au pouvoir en France par le biais de la noblesse de robe et de la Révolution, les banquiers. Banquiers qui, chargés initialement de prêter en contrepartie de métaux précieux réellement détenus, ont acquis le pouvoir de prêter de la monnaie qu’ils n’ont pas, de créer capital et intérêts. Ces banquiers, qui aux USA, parviennent à imposer – en fait suite à une crise financière face à laquelle il manquait un prêteur en dernier recours – la création de la Réserve Fédérale en 1913. Ca aurait pu être une autre date, Soral aurait quand même pu expliquer ce qu’il voulait à partir de cela.

« Et les deux causes majeures d’emprunts publics étant les crises et les guerres, on devine le rôle qu’a aussi joué la FED, depuis 1913, dans la survenue de ces évènements. » (page 60-61)

En fait non, on ne devine rien du tout, si ce n’est qu’on nous rebalance le vieux procédé : « celui à qui profite le crime en est probablement l’auteur », dont l’Histoire est pourtant riche de contre-exemples. Aucune preuve de la responsabilité DES banques sur le déclenchement des guerres mondiales n’est apportée. Sur le même principe, on pourrait imputer ces drames aux fabricants d’uniformes, qui ont dû eux aussi profiter des guerres. Mais le sérieux de l’analyse s’effrite un peu plus lorsque l’auteur nous gratifie de ses compétences d’historien économiste :

« Pendant ce temps, cette création de fausse monnaie entrainant une dévaluation constante de la valeur de l’argent, les détenteurs de dollars, à commencer par le peuple américain, ont vu depuis l’année 1913 leur argent perdre 90% de sa valeur et leur pouvoir d’achat baisse d’autant.

Une baisse constante compensée par la hausse vertigineuse de leur consommation à crédit auprès des banques.  » (page 60-61)

Si l’unité de dollar a bien vu sa valeur s’effondrer par rapport à l’or au cours du XXème siècle, le citoyen américain moyen n’a jamais perdu 90% de son pouvoir d’achat, puisque ses revenus en dollars croissaient bien plus que ceux-ci ne perdaient en valeur. Et invoquer le crédit comme source de cette compensation est très largement faux : la faiblesse de l’épargne américaine est un phénomène assez récent, couvrant les dernières décennies du précédent siècle, alors qu’au milieu du XXème, les USA étaient exportateurs de capitaux que les américains épargnaient. Leur richesse est tout simplement venue d’un formidable accroissement de leur productivité, mention que Soral ne fait jamais.

Non content de sa performance, Soral va jusqu’à expliquer toute notre histoire économique récente par « La Banque », le tout couvert par des politiciens pantins :

« La responsabilité de tenir compte des effets sociaux et humains des politiques bancaires (spéculation,  désindustrialisation, délocalisation, chômage…) incombant toujours, officiellement et médiatiquement, au pouvoir politique » (page 47)

Que la perte d’emplois d’industriels puisse s’expliquer par un changement dans le budget des ménages, qui consomment de plus en plus de services au fur et à mesure qu’ils s’enrichissent (mais pour Soral, la tendance générale serait l’appauvrissement, affirmation jamais démontrée comme tout le reste). Que le chômage puisse avoir d’autres causes que les intérêts des banques (devenus plus faibles pour les entreprises par rapport aux années 1980). Que les délocalisations soient aussi la conséquence de l’ouverture de marchés nouveaux et non seulement de coûts bancaires…Tout cela sera trop terre-à-terre pour notre écriv…pardon sociologue.

Il n’y a plus grand-chose d’anticapitaliste chez notre marxiste, passé comme nous le verrons à une « gauche du Travail », entièrement dévoué à la diabolisation d’une seule filière du système capitaliste :

« La Banque, intrinsèquement fondée sur l’abstraction du chiffre au détriment de l’humain (spéculation), libérée de tout frein politique et social (indépendance des banques centrales) et protégée de surcroît par son invisibilité politique et médiatique (domination de l’argent sur le politique et les médias) devenant progressivement – compte tenu de sa logique même – pure prédation et pure violence » (page 48)

Mais peut-être faut-il comprendre que pour Soral, les…pardon : La Banque devient Le Capitalisme à elle toute seule, puisque La Banque acquiert tout toute seule :

 « Ce prêt d’argent, fictif, mais que seules les banques ont le pouvoir de prêter, équivaut donc, à travers la garantie hypothécaire sur l’outil de travail et les biens, à une lente captation de toutes les richesses privées par la Banque ;

La Banque devenant ainsi progressivement propriétaire de tout, sans jamais rien produire, avec de la fausse monnaie pour seule mise de fonds ! » (page 50)

Soral raisonne comme si la masse des capitaux productifs était fixe (en même temps, c’est peu surprenant pour quelqu’un qui explique le chômage par les délocalisations). Si c’était vrai, l’hypothèque des outils de travail devrait mener à ce que, faillite après faillite, les banques deviennent effectivement propriétaires de tout. C’est oublier que le capital se crée, que les entreprises françaises en constituent chaque année pour plusieurs centaines de milliards d’euros (formation brute de capital fixe pour les comptables). En partie à crédit certes, mais quand une entreprise a remboursé son crédit et levé son hypothèque, elle est propriétaire de ce dans quoi elle a investi. La théorie de la « lente captation de toutes les riches privées par La Banque » ne repose sur rien, et ignore la désintermédiation financière (le recours à l’émission d’actions plutôt que l’emprunt, pourtant facilité en France depuis les années 80).

Mais ce n’est pas fini, Soral étant en sus expert en finances publiques :

« Un racket bancaire à l’échelle des Etats, et sur le dos des peuples, qui est la première raison de la fin de l’Etat-Providence au tournant des années 1970. La raison majeure de la fin de toutes les politiques sociales de développement qu’on appelle la Crise. Le paiement de l’intérêt de la dette – en réalité pur racket de la Banque absorbant désormais tout l’argent normalement dévolu au développement et au social – étant exactement égal, en France, à la totalité de l’impôt sur le revenu du travail. » (page 53)

Que la loi de 1973 ait favorisé la croissance de la dette publique en France, c’est une chose (cette croissance n'est en réalité pas forcément imputable à cette loi). Mais en disant cela, on dit que si les intérêts n’avaient pas existé, alors notre dette serait très nettement plus basse, à condition que les autres dépenses publiques aient été les mêmes. Donc il est absurde d’en déduire, comme Soral l’avait fait pour le problème des retraites dans une de ses vidéos, que sans les intérêts de la dette publique, on aurait pu dépenser plus, en investissements ou en dépenses sociales (ou alors sauf à faire tourner en permanence la planche à billets).

Ensuite, il suffira de rappeler à l’auteur que les « politiques sociales » n’ont jamais décliné par leur coût depuis 1973, bien au contraire : de 35% du PIB en dépenses publiques à 53% en 2008, dont 3% pour les intérêts. Qu’attendre alors des analyses d’un « penseur » dont la vision du réel est aussi erronée ? Ou encore qui prend des situations particulières pour des généralités, comme avec l’impôt sur le revenu :

« Un impôt sur le revenu du travail – déguisé en impôt social par sa progressivité – qui sert purement et simplement à payer l’intérêt de la Banque. » (page 56)

Si cela est actuellement vrai, c’est loin de l’avoir toujours été depuis la création de l’impôt sur le revenu en … 1914. A l’époque pour faire face aux dépenses de guerres, mais avant des décennies où cet impôt a dépassé le montant des intérêts de la dette publique.

Ou encore, un auteur qui reprend un mythe conspirationniste : dans son récit de la prise de pouvoir de La Banque aux USA, s’égrènent les imputations aux financiers de tous les assassinats de présidents américains, de Lincoln à Kennedy…Ce dernier serait mort à cause d’un décret qui aurait remis en cause le pouvoir de la Fed.

« Ainsi, en juin 1963, signe-t-il [JFK] l’Executive Order 11110, décret présidentiel qui, pour se débarrasser de la FED, impose un nouveau système adossant le dollar à l’argent métal. Aussitôt sont mis en circulation pour plus de 4 milliards de dollars en billets de 2 et 5 dollars, et autant de billets de 10 et 20 dollars sont imprimés. Le 22 Novembre de la même année, Kennedy est assassiné, le décret EO11110 aussitôt annulé par son successeur et les billets de 2 et 5 dollars retirés de la circulation. »

…En fait ce décret ne faisait qu’accroître, sous condition de l’accord du président, les pouvoirs de la Fed, et le décret ne fut pas abrogé par Lyndon Johnson en 1963, mais par Reagan en 1987… (http://abovethepresident.blogspot.com/2006/07/debunking-some-jfk-myths.html)

 

Allez, quitte à sortir de la sphère bancaire, on ne résistera pas à d’autres perles économiques de notre penseur :

                « La seule puissance militaire, sans le secours du sacré face aux forces de l’argent, conduisant inéluctablement à la défaite comme en témoignent les expériences communistes et fascistes européennes. » (page 171)

L’échec économique de l’URSS ramené à l’absence de foi, voilà qui met au tapis 70 ans de soviétologie… Mais l’explication de la croissance occidentale des Trente Glorieuses est aussi détonante :

                « On peut globalement considérer la période d’après-guerre 1945-1973 – appelée Trente Glorieuses – comme une période de prospérité et de consensus social.

                Prospérité économique due à la dynamique insufflée par les destructions et les pénuries de la guerre, et orientée dans un sens libéral par le plan Marshall. »  (page 176)

                Encore la bonne vieille théorie de bistrot : « la croissance d’après-guerre est due aux destructions de la guerre qu’il fallait réparer » ou « le plein-emploi est dû aux pertes humaines de la guerre ». Un minimum de logique devrait pourtant faire comprendre que si cela était vrai, alors la France n’aurait dû, après 1945, connaître que la croissance nécessaire pour rattraper son niveau de production de 1940, puis ensuite repartir sur la croissance molle des années 30. Ce n’est pas ce qui s’est passé, la croissance a été beaucoup plus forte.

Revenons à la finance, et trouvons l’apothéose, quand, parmi les adversaires de La Banque, on trouve ni plus ni moins que le Führer lui-même :

« En 1942, quand les états-majors US, britanniques et soviétiques décidèrent de se réunir en secret pour coordonner leur guerre contre Hitler, ils le firent dans les locaux de la Federal Reserve Bank de New York, et il n’est pas exagéré de résumer la politique mondiale du XXème siècle à une perpétuelle diabolisation des opposants à la Banque, elle-même garantie en dernière instance par la puissance militaire américaine. » (page 71)

Nous voilà en charmante compagnie. Mais ce n’est peut-être pas tellement un hasard…

(à suivre)

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Published by Socialisme&Souveraineté - dans National
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will 09/11/2012 09:55


evidement le dernier commentaire n'a jamais eu de réponse

Socialisme&Souveraineté 09/11/2012 17:25



Le dernier commentaire de mailuxe n'a pas eu de réponse car il n'avance rien de précis, et prend pour s'étayer une vague citation de Kissinger. On dit "ce qui s'énonce sans preuve se réfute sans
preuve". Au vent, on répond avec du vent.



mailuxe 21/09/2011 16:12



vous parlez de la méchanceté des élites, mais moi je pense au complot de certaines élites dirigeantes ceux là même qui se réunissent au Bilderberg tous les ans (ça commence à percer à la
connaissance du monde) les mêmes qui siègent au CFR, à la commission trilatérale , ceux qui détiennent vous savez le pouvoir, le pétrole, la finance, l'industrie pharmaceutique et qui ont la main
sur la presse. Henri Kissinger n'a-til pas dit quelque chose dans le genre : ceux qui détiennent l'agro alimentaire, domineront les peuples, ceux qui détiennent le pétrole domineront les
etats 



mailuxe 21/09/2011 10:54



Et que penser de Pierre Hillard, docteur en science politique, je pense qu'il a une vision juste du monde qui nous attend, et pendant qu'on y est que penser de Daniel Estulin, il a également une
vision juste du monde qui nous attend. Un monde d'asservissement du peuple, par une élite 



Socialisme&Souveraineté 21/09/2011 15:41



Pierre Hillard, bien qu'il travaille avec Soral (qui lui fait gagner de l'audience) est néanmoins quelqu'un de très différent, par la qualité factuelle de ses travaux. Nous aurions pu faire un
article sur lui, mais nous manquons encore de temps.



mailuxe 21/09/2011 10:34



Quel soulèvement social ?


celui du peuple, la connaissance par le peuple


et non l'aveuglement dans lequel on le maintient par la désinformation.


 



Socialisme&Souveraineté 21/09/2011 15:40


Parce que vous pensez vraiment que la situation se résume à "le peuple" d'un côté et "l'oligarchie" de l'autre? Qu'il n'y a pas de divisions réelles au sein du peuple? Comme Soral, vous pensez
qu'il n'y a que des intérêts communs entre le commerçant taulier de bar et le fonctionnaire? Que le problème de base, c'est la méchanceté des élites, et non le fait que nous ayions des illusions
collectives (le capitalisme est inéluctable, notre "modèle social" français est enviable, etc...)?


mailuxe 20/09/2011 08:55



Moi aussi je suis fan de Alain Soral, aussi de Alex Jones, et vous ne m'avez pas convaincue, la vérité est avec eux, et l'avenir, hélas nous le démontrera s'il n'y a pas de soulèvement social



Socialisme&Souveraineté 21/09/2011 10:24



La question sera plutôt : quel soulèvement social?



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